malise
27 mars 2012
La roue de la vie

Il y a bien peu de temps que je me dévoile, bien peu de temps que je me livre. Je pensais qu’il en faudrait encore plus pour parler de choses tristes. J’espérais. Je souhaitais pouvoir ne mettre en avant que les jolies choses de ma vie, il y en a tant ! Mais finalement c’est la vie qui décide, et je ne peux pas le garder pour moi.

Ma Maman est partie il y a quelques années, après plusieurs mois de lutte acharnée, battue par cette maladie que l’on ne nomme plus et qui touche de plus en plus. Elle est partie sans avoir rencontré l’Homme de ma vie, sans avoir connu ses petits-enfants. Elle nous a laissés, mon Papa, mon Frère et moi, complètement démunis, ne sachant trop comment faire pour continuer à avancer sans elle qui était notre lien, notre confidente, notre guide, notre exemple…

Nous avons grandi tout d’un coup, nous, ses enfants. Il a vieilli tout d’un coup, lui, son Mari. Nous avons essayé de rester serrés les uns contre les autres, face à cette tempête qui ravageait tout.

Mon Frère et moi avons continué à avancer dans notre vie, chacun à notre manière, mais en étant là l’un pour l’autre. Nous sommes Frère et Soeur, donc c’est normal. Non, en fait, nous sommes plus que ça. Nous sommes Frère et Soeur, orphelins de notre Mère, et ça, ça change tout.

Mon Père, lui, a survécu. Lui qui laissait sa Femme mener la barque s’est retrouvé sans pilote, du jour au lendemain. Certes, il l’avait accompagnée tout le long, lui avait tenu la main, était présent jour et nuit malgré la souffrance. Certes, il devait être prêt, et s’y attendre, et penser que peut-être ce serait un soulagement. Elle cesserait de souffrir, il cesserait de la voir souffrir. Malgré tout, la perte a été si violente, qu’il s’est retrouvé comme un oisillon tombé du nid. Il a commencé à se voûter. Ses cheveux ont commencé à grisonner. Son visage s’est marqué d’une tristesse qui ne s’efface pas. Il a cessé de rire, de plaisanter, de faire la fête, de vivre. Il s’est transformé en ombre de lui même, mon Papa si joyeux…

Il était complètement perdu, ne sachant pas gérer sa vie quotidienne, lui qui gère son entreprise. Il a coupé les ponts avec la famille de ma Mère, n’ayant pas supporté qu’ils aient été si peu présents durant la maladie. Il a moins vu ses amis, qui ne savaient plus quoi lui dire, il était tellement différent.

Puis il a rencontré une autre femme. A l’opposé de la première. Aussi compliquée que ma Mère était simple. Aussi autoritaire que ma Mère était douce… C’est cela, je crois, qui lui a plu. Qu’elles ne se ressemblent pas du tout…

Les débuts avec nous ont été plus que houleux. Elle reprochait à mon Père de ne pas avoir coupé le cordon, lui disait que nous étions adultes et devions apprendre à nous débrouiller seuls. Lui, toujours dans son malheur, l’écoutait. Elle était présente pour lui, s’occupait de lui, ce que nous ne pouvions pas faire. Il était bien avec elle, malgré tout. Bien au point de « refaire sa vie ».

Il nous a bien entendu été très difficile d’accepter cela, qu’il rencontre et aime quelqu’un d’autre aussi rapidement, qu’il vende la maison de notre enfance et tous les souvenirs qui s’y trouvaient. Mais ça a été encore plus dur de l’accepter elle, qui nous rejetait alors que nous souffrions, alors que nous ne demandions rien.

Il a fallu du temps, qu’elle vive elle aussi un drame, que les enfants arrivent et l’apprivoisent. Nos relations aujourd’hui sont apaisées, plus dans le partage…

Et voilà que c’est elle qui est en train de partir. De la même manière, aussi inhumaine, aussi douloureuse, que ma Mère. Exactement de la même manière…

Comment accepter une telle chose ? Comment mon Père, qui ne s’est jamais remis de cette première perte, qui porte sur son dos tous ses malheurs et dans ses yeux toute sa douleur, va-t-il continuer à tenir debout ? Comment peut-on aimer deux femmes, et les perdre de la même façon ?

Aujourd’hui, je pleure, et je ne peux pas le garder pour moi… Je pleure pour ma Mère qui me manque tant. Je pleure pour cette femme, qui n’a jamais été ma Belle-mère mais que mes enfants aiment, parce qu’elle les aime elle aussi. Et je pleure pour mon Père, dont je ne sais pas comment il va pouvoir surmonter cette nouvelle épreuve…

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Article publié dans : « Vis ma vie »

4 réponses à “La roue de la vie”

  1. lili dit :

    j’avais lu ton article suivant ou tu racontais cela sur ton papa, ca a du etre une terrible epreuve

  2. coucoumaman dit :

    Oh ben Flûte, c’est difficile de revenir en arrière 🙁

  3. Eclectik Girl dit :

    Ma mère est plus discrète, plus effacée que la tienne, nous n’avons jamais été fusionnelle, mais elle me manquera, tellement. Je m’y suis préparée, je crois, mais l’es-t-on jamais ? Cette épée de Damoclès au dessus de la tête, ne pas savoir quand, espérer que ce soit le plus tard possible, mais en même temps, espérer que la souffrance et la déchéance cesse …
    Ne rien avoir à regretter, passer le max de temps avec elle …

    Le paragraphe sur ton père exprime tellement ce que je ressens, ce que je redoute, ce qui me ronge, ce qui m’empêche de dormir …

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