malise
4 octobre 2012
Quitter la maison qui a vu naître nos enfants

Je ne parvenais pas à m’expliquer cette pointe de vague à l’âme qui me prenait parfois au milieu de l’euphorie de nos nouveaux projets.

Une sensation nouvelle, un peu désagréable, et toute autre que la petite boule d’angoisse (ou de culpabilité) que je sens peser lorsque je pense à tous les changements que cela va entraîner dans la vie de nos enfants. Pour mon fils une nouvelle école, dire au-revoir à sa maîtresse qu’il aime beaucoup, ne plus voir ses petits copains qu’il côtoie depuis son plus jeune âge, des journées complètes avec cantine et garderie. Pour ma fille, un nouveau mode de garde loin des bras de la Nounou qui la câline depuis qu’elle a 6 mois…

Comme une sensation de vide, ou de manque.

Et puis l’autre nuit, alors que je parcourais pour la millième fois mon salon en berçant ma fille contre mon coeur, je me suis souvenue d’une lettre reçue il y a 4 ans.

Notre maison, celle dans laquelle nous vivons aujourd’hui, nous l’avions visitée par curiosité. A l’époque, nous étions citadins et cherchions un terrain pour faire construire la maison de nos rêves. Les prix étaient déjà très élevés, alors nous avions décidé de commencer à visiter des maisons, au cas où…

Nous n’avions vu d’elle que des images d’extérieur, avec une glycine luxuriante qui encadrait la porte d’entrée.

C’était la 2ème maison que nous visitions. Elle nous a immédiatement conquis, cette vieille dame de 1886, qui devait en avoir vu des choses et connu des personnes. Nous avons été charmés par ses pierres apparentes, ses charpentes en bois, ses parquets en chêne et ses tomettes rouges. Nous avons été emballés par ses murs nus desquels des générations de papiers peints avaient été ôtés, par sa cave qui recelait des trésors, par son jardin qui promettait de belles journées au soleil.

Nous l’avons achetée le jour même, faisant fi de toutes nos envies de modernité, de cuisine américaine, de cheminée, de pièces vastes et lumineuses.

Elle était entrée dans nos coeurs.

Il y a 4 ans, donc, après nous être installés, nous avons reçu une lettre des précédents propriétaires. Parmi tout un fatras administratif, il y avait des photos avant/après de tous les travaux de rénovation qu’ils avaient pu effectuer. La vénérable demeure avait subit une chirurgie esthétique digne de ce nom, inversement de pièces, ajout d’ouvertures, création d’une salle de bain suspendue dans le vide … Et aussi un petit mot, touchant, expliquant leur tristesse de quitter cette maison dans laquelle ils avaient mis beaucoup d’eux, et qui avait vu naître une nouvelle famille, la leur…

Cette nuit-là, ma fille dans mes bras, je me suis rendue compte que c’était bien cela que j’éprouvais : de la tristesse à l’idée de partir. J’ai regardé ce salon dans lequel j’ai du marcher des centaines de kilomètres pour endormir ou réconforter l’un ou l’autre de mes enfants. J’ai vu le canapé, et la grande porte-fenêtre à ses pieds, qui ont été mes compagnons de grossesses (et de pertes des eaux), et d’allaitements. J’ai admiré le parquet, témoin des 1ers pas et acteur des 1ères chutes. Puis la cuisine, barbouillée par leurs repas. Les escaliers, mille fois grimpés sur les genoux et descendus sur les fesses, et après lesquels je pestais tout le temps à cause du bois qui craquait sous nos pas et réveillait notre petit dormeur. La baignoire, qui a partagé la plupart de nos moments privilégiés à 3 puis à 4.

Ce sont des dizaines de détails que je ne pourrai pas tous citer ici, mais qui m’ont permis de graver bon nombre d’instants de leur petite enfance dans ma mémoire.

Chaque jour en ce moment, je sors mon appareil photo pour mitrailler. Mais, pour un temps, ce ne sont plus mes enfants mes sujets favoris.

Je veux garder des traces, pour eux, pour nous. Pour ne pas oublier celle qui a partagé les meilleurs moments de notre vie, qui nous a vu devenir parents, et qui a vu naître et pousser nos enfants.

Glycine

Celle qui a été à l’origine de notre coup de coeur

Nature-4194

Les journées ensoleillées espérées

Nature-4315

Notre vue sur la mer (végétale)

Nature-4335

Les compagnons de siestes

Loulou-4343

Ma 1ère grossesse

Loulette-4342

Puis la 2ème …

Nature-4325

Témoin des enfants qui grandissent …

Je sais qu’elle en verra d’autres, des enfants naître, des familles se créer ou s’agrandir. Elle est faite pour ça, notre belle maison, et je suis heureuse d’avoir eu la curiosité (prémonition?) de venir la découvrir un jour…

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Article publié dans : « Logistique familiale »

6 réponses à “Quitter la maison qui a vu naître nos enfants”

  1. Maman Crotte dit :

    Tu viens de me faire pleurer 🙁

  2. FoxyMama dit :

    Magnifique, je suis triste pour vous aussi. J’ai eu le même coup de cœur pour ma maison et aussi pour une glycine 😉

  3. NiouzMum dit :

    Une page qui se tourne … C’est clair que ça fait quelque chose …
    J’adore les marques sur le mur témoins de tes grossesses ;p

  4. minouchkaïa dit :

    moi aussi je retiens une petite larme en lisant ton témoignage…l' »âme » d’une maison, c’est bien quelque chose d’inexplicable, on a eu aussi un coup de coeur pour la nôtre, pourtant pas la maison
    de nos rêves (budget oblige), mais on s’est tout de suite imaginé y vivre et y être heureux (j’étais alors enceinte de bébé 2)..quand il faut partir, le coeur se serre, mais on comprend aussi qu’on
    ne « possède » jamais une maison, on ne fait que passer..votre famille s’épanouira ailleurs, et vous aurez ces magnifiques souvenirs. Belle journée à toi!

  5. lili dit :

    pfhuuu tu m’as fait avoir des frissons, tu sais que nous aussi on envisage de partir, et j’angoisse deja à l’idée de quitter notre premier achat, celui ou je suis revenue en robe de marié, celui de
    mes grossesses, et de tant d’autres choses.

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