malise
13 novembre 2012
Mon ennemie.

Je ne sais plus précisément quand ni comment tu as réussi à entrer dans ma vie. Peut-être as-tu profité de cette période pourtant toute proche dont il ne me reste étrangement que de vagues souvenirs. Cette nouvelle page, écrite à quatre mains. Une maison. Une grossesse. Des instants de joie intense dans lesquels tu t’es immiscée.

Je n’ai pas l’impression de t’avoir croisée, avant cela. Sans doute étais tu tapie, aux aguets, attendant patiemment le moment où tu pourrais te manifester.

Je me souviens des nuits enivrées, des festivals aux danses enjouées, des journées de travail abattues sans problème malgré les nuits blanches. Je me souviens des explorations globe-trotteuses, des bus inconfortables, des trains inhospitaliers, des errances nocturnes dans des contrées inconnues.

Où étais-tu alors ?

Ce n’était sans doute pas le moment.

A vingt ans, je vivais dans un tourbillon, tu devais me trouver trop résistante.
A trente ans, j’étais follement amoureuse, tu devais me trouver trop conquérante.
Et maintenant que je suis plus sage, plus disciplinée, que j’ai des responsabilités ? Maintenant que je porte le chagrin d’une perte, le poids de deux grossesses, la crainte de l’avenir, le choc des querelles inutiles ? Est-ce la faille que tu attendais ?

Je te sens là, peser sur moi. Ta présence muette met des chaînes à mon bonheur. Ton existence complique tout. Tu distilles savamment ton poison, utilisant ma bouche pour déclarer la guerre, guidant mes gestes tel un pantin que tu aurais toi-même désarticulé.

Tu veux m’attirer dans tes filets, je l’ai bien compris. Je t’entends susurrer à mon oreille une douce mélopée, qui m’alanguis et me rend vulnérable.

Tu veux me faire croire que tu me laisseras tranquille. Qu’il me suffit de fermer les yeux, longuement, pour que tu disparaisses.

Je ne te crois plus.

Il y a tous ces moments où je me laisse aller, pour t’oublier. Je te sens alors, redoubler d’effort pour me ramener à la réalité, à une veille sans fin troublée de pensées effrayantes.

Il y a tous ces moments où tu me forces à ouvrir les yeux, alors que j’avais enfin sombré dans le sommeil qui me permettrait de t’oublier. Mon coeur se met alors à battre la chamade, la peur panique me coupe le souffle. J’écoute. Je ne respire plus. Et je te sens t’abattre sur moi une nouvelle fois.

Mon corps n’en peut plus de ta présence. Tu le rends vieux avant l’heure.

Ma tête ne veut plus t’entendre. Elle est troublée en permanence, rendue cotonneuse par tes attaques.

Tu es mon ennemie, celle qui me coupe les ailes. Je veux que tu disparaisses, que tu quittes ma vie, que tu cesses de briser mon équilibre pour ton seul plaisir.

Ne te leurres pas. Tu es mon ennemie, ma fatigue. Ma pire ennemie.

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Article publié dans : « Dormira ? Dormira pas ? »

5 réponses à “Mon ennemie.”

  1. Beau billet sur un sujet malheureusement d’actualité…

  2. Très bel article, joliment troussé alors même que le sujet est si difficile. Courage à toi…

  3. Très bel article, péniblement beau mais très bien écrit. bravo et courage!

  4. minouchkaïa dit :

    si tu avais été dans ma tête ce matin, tu aurais compris que nous avons cette ennemie en commun…enfin, je ne la considère pas comme à proprement parlé comme une ennemie mais plutôt comme une
    passagère indésirable…et je me dis qu’on n’est pas mère à 40 ans avec la même energie qu’à 20 ou 30 (nuits pourries ou pas, mais on est d’accord, sans les nuits pourries, c’est quand même mieux
    ;-). C’est pourquoi que je ne veux pas y laisser ma santé avec un troisième enfant, mais c’est dur de faire ce deuil-là aussi…Bah, ça ira mieux demain, au printemps, dans 5 ans ? Take care

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