malise
19 novembre 2012
Je l’aime si mal …

J’ai de la chance, et je n’en ai pas toujours conscience.

J’ai de la chance d’avoir deux enfants, et de ne pas avoir attendu pour qu’ils nous rejoignent.

J’ai de la chance d’avoir deux enfants en bonne santé, malgré les petits tracas bien habituels.

J’ai de la chance d’avoir deux enfants en pleine forme, pleins de vivacité, de joie de vivre.

J’ai de la chance qu’ils soient curieux, toniques, vifs, réceptifs, passionnants, attentionnés, tendres.

J’ai de la chance qu’ils me fatiguent, me titillent, m’énervent, me poussent à bout.

Oui, j’ai de la chance, parce que j’ai cette chance là de les avoir près de moi.

Mais, bien malgré moi, je trouve de plus en plus difficile de garder tout cela à l’esprit au quotidien. Je suis épuisée, j’ai de moins en moins de tolérance, de moins en moins de résistance. Je ne supporte plus les affrontements. Devoir répéter encore et encore, ne pas être entendue, subir le manque de respect même s’il n’est pas volontaire, menacer, punir. Toutes ces réactions inadaptées que j’aimerais tant éviter.

Mon fils se rebelle, mon fils s’émancipe. Il copie ce qu’il voit à l’école, il répète ce qu’il y entend. Mais il n’y a pas que cela. Il y a lui aussi, tout entier, avec son caractère qui s’affirme.

C’est pourtant un enfant facile, en comparaison de beaucoup d’autres. Il ne s’est jamais roulé par terre pour obtenir quelque chose. Les grosses crises d’opposition qu’il a pu faire se comptent sur les doigts des deux mains, et encore. C’est vrai, les siestes ont souvent été inexistantes, les couchers difficiles, les réveils trop matinaux. Mais c’était beaucoup plus un problème pour nous que pour lui! Il ne semble pas avoir été particulièrement perturbé par tout cela, contrairement à nous. Aujourd’hui, il fait des siestes de deux heures, se couche sans problème, dort la plupart du temps jusqu’à ce que nous allions le chercher …

C’est un enfant-tourbillon, qui a du mal à se poser, à se concentrer. Il passe son temps à courir, à crier. Il est très éveillé. Il a toujours eu d’incroyables facilités avec le langage. Il a une capacité de compréhension et une mémoire qui me laissent pantoise.

Je sais tout cela. Il n’est ni plus ni moins qu’un petit garçon, avec les mêmes excès sonores et comportementaux que tous les autres petits garçons de son âge.

Et pourtant, j’en demande toujours plus, et je ne laisse rien passer.

Il est turbulent, et je ne cesse de vouloir qu’il se calme, oubliant qu’il n’a que trois ans et demi;
Il mange seul, et relativement bien, et je le gronde pour le moindre grain de riz tombé sur la table;
Il chahute sa soeur, pour s’amuser, je le dispute;
Il hurle, je lui réponds en faisant de même;
Il a l’obligation de ranger un jouet lorsqu’il en sort un autre;
Il se déshabille, s’habille, met et ôte ses chaussures, se brosse les dents, se lave tout seul, même s’il préfère quand nous le faisons à sa place. Il en est fier, je le suis aussi, mais je ne manque pas de lui reprocher, quand il ne le fait pas;
Il est propre de jour depuis qu’il a deux ans, ne porte plus de couches pour la sieste depuis quelques jours, et pourtant je transforme le moindre petit accident en drame national;
Je lui crie après à la moindre incartade, chaque faux pas l’envoie tout droit au coin.

Alors bien sûr, je noircis volontairement le trait dans mes propos. Heureusement pour lui, et pour nous, j’essaie de ne pas transformer notre maison en pensionnat! Certains jours, j’arrive à laisser glisser et à ne pas m’énerver. Et d’autres, je me transforme en vilaine sorcière …

Mais que doit-il penser de tout cela, mon petit bonhomme ? Avec sa Mère limite bipolaire, qui le câline un jour et passe son temps à le gronder le lendemain. Pour qui certaines choses ne sont pas graves à un moment, et prennent des proportions hallucinantes à un autre ?

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Hier, alors que nous nous promenions, il s’amusait à me foncer dessus avec sa draisienne. J’ai l’ai laissé faire une fois, deux fois, et à la troisième il a buté contre mon pied. J’ai réagi impulsivement, bêtement, en donnant un coup sur sa roue, ce qui l’a fait chuter. Il ne s’est pas fait mal, mais il aurait pu. C’était un geste très violent, même s’il était involontaire. Parce que demain, ce sera peut-être ma main qui partira. Et je ne le veux pas.

J’aimerais comprendre pourquoi je suis si dure avec lui. Chaque jour, quand je le regarde, quand je l’écoute, je m’émerveille de voir quelle belle personne il est, dans tous les sens du terme. Mais j’ai du mal à garder tout cela à l’esprit, tant il m’use.

Hier, au moment de se coucher, il m’a dit que j’étais méchante. Je crois qu’il a raison. Comment peut-il comprendre à quel point je suis fière de lui, s’il me voit sans arrêt en train de lui crier après ?

Je dois réussir à trouver un juste milieu, pour son équilibre. Je ne veux pas qu’il grandisse en ayant peur de moi. Pire, en me détestant.

Parce que même si je n’arrive pas à l’aimer correctement, je l’aime plus que tout …

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Si mon fils me voit comme ça, il est grand temps que je fasse quelque chose!!!

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Article publié dans : « Loulou des bois »

13 réponses à “Je l’aime si mal …”

  1. cétoile dit :

    Un article que j’aurai pu écrire quasi mot pour mot certains jours…
    Souvent je pense que je lui en demande trop, trop vite, trop tout à mon grand petit de 3 ans.
    c’est le quotidien qui use surtout je crois
    Rien que le fait d’en parler, d’en être consciente(s) c’est déjà énorme non?

  2. natmum02 dit :

    parce que tu n’es qu’une maman faite aussi de ces petites imperfections qui font l’humanité,
    parce que cétoile a raison et que le fait d’en parler est le premier pas pour y remédier
    parce qu’on ne nous livre pas un univers de patience à leur naissance
    parce que je ne doute pas de l’amour qui vous unit……
    je vous embrasse tous les deux…….

  3. So busy dit :

    C’est magnifique, ce que tu écris là… je me doute que cela ne doit pas toujours être facile. Je n’ai pas encore d’enfants, mais je suis presque certaine que je traverserai sûrement les mêmes
    choses par lesquelles tu passes maintenant… Tu l’aimes très fort, et tu veux le meilleur pour lui. Tu es dure avec lui parce que tu voudrais qu’il s’élève, encore plus haut, encore plus loin, et
    que tu sais qu’il en est capable.
    Mais j’imagine que cela ne doit pas être simple au quotidien… En tout cas, tu l’as vraiment bien exprimé, et même si je suis désolée de n’avoir aucune réponse ou solution à suggérer, j’ai pris
    beaucoup de plaisir à te lire! !

  4. Rassure-toi, tu n’es pas la seule, moi aussi, j’aurais pu écrire ton article. Quand je sens que la cocotte siffle un peu trop, je me pose, je regarde mes loulous et je me dis que j’ai vraiment de
    la chance de les avoir… et que je suis vraiment nulle de ne pas profiter de chaque instant passé à leurs côtés.

  5. NiouzMum dit :

    Je me revois quelques mois en arrière avec MiniLui … Ça va un peu mieux de ce côté là aujourd’hui, depuis que j’ai récupéré un peu de patience … Je ne peux pas t’aider ou te donner de solution
    miracle car de mon côté c’est le contexte et la situation qui ont fait que mais je comprends très bien ce que tu peux ressentir … Je crois que plus ils assurent et plus on en attend d’eux, moins
    bien on vit le moindre écart …
    Bon courage à toi, en plus la fatigue n’aide pas ;(
    Tu arrives à relever tout le positif et voir ce qu’il fait de bien et je pense que, combiné à ta « prise de conscience » des difficultés que vous rencontrez, c’est un grand pas vers une amélioration.

  6. Décidément comme tu le disais en comm’ chez moi on passe la barre tellement haut qu’on ne se pardonne rien. Peut-être faut-il que nous acceptions d’être simplement humaine…
    Superbe article en tout cas!

  7. A la mère si dit :

    Superbe article… tu sais tu n’es pas la seule dans ce cas, j’ai moi aussi eût l’impression de manquer de patience, d’être impulsive en ce moment. Mais je crois aussi que nous sommes très
    exigeantes envers notre rôle de maman et que parfois on a aussi le droit d’être imparfaite… Parce que ça fait partie de la vie, nos petits l’apprendront un jour… Et un enfant de 3 ans, c’est
    merveilleux, stimulant, passionnant, mais c’est aussi très fatiguant, enfin c’est ce que je ressens.
    Bonne soirée à toi. A bientôt.

  8. minouchkaïa dit :

    je rejoins tous les commentaires précédents. Que celle qui, excédée, n’a jamais eu d’écart de conduite ou de langage avec son enfant te jette la première pierre ;-).On fait toutes ce qu’on peut au
    jour le jour, et on ne s’octroit pas souvent le droit à l’erreur. Je crois qu’avant (entendre les générations précédentes), c’était pareil, à ce ceci près que les mères ne culpabisaient pas autant
    (l’enfant n’avait pas aussi le même statut, et les mamans travaillaient moins la plupart du temps). On vit une époque où on pense plus à l' »épanouissement » de nos petits qu’à nous-même..Offre lui
    le livre « Une vraie Maman » à Noël ! De toutes façons, quoi qu’on fasse, ils auront toujours des griefs à nous reprocher plus tard, non ? (les ingrats!). Vu ce que tu racontes dans ton blog, moi je
    suis persuadée que tes enfants sont et seront très heureux d’avoir une maman comme toi!!

  9. Moi aussi je me retrouve dans ton commentaires, certains jours je ne supporte rien et m’énerve à tout va, d’autres je suis de meilleure composition et tout glisse.

    Ce que j’entends derrière ce texte, c’est une maman qui a besoin de temps pour elle, pour regonfler les batteries, notamment celles de la patience, pour pouvoir revenir apaisée auprès de ces
    enfants.

    Y aurait-il un moyen pour que tu t’octroies un petit break, ne serait-ce que de quelques heures ? (et pas pour faire du ménage, hein, pour te faire du bien, voire pour faire une sieste…)

  10. capucine dit :

    Bah de toutes façons, et je pense que tu le sais, LA mère parfaite n’existe pas (même si certaines pensent sincèrement l’être…). Tu réagis en fonction de ton humeur, ton caractère et ton seuil de
    tolérance du jour J. C’est comme ça… ton fiston t’aime, tu l’aimes, il le sait. Mais oui, qu’est ce que c’est compliqué. On aimerait que nos enfants soient parfaits, mais eux non plus, comme leur
    mère, ils ne le sont pas… on tatonne, on essaie… des fois ça marche, des fois c’est le bide complet. Des fois on tient tête et puis parfois on a pas envie, on démissionne, on laisse faire, et
    c’est le berdol… mais c’est la nature, c’est comme ça… on n’est pas linéaire, on n’est pas des robots… Pour l’anecdote, pas plus tard que ce matin, en préparant ma fille pour aller chez la
    nounou (il était 9h) elle me réclame son biscuit qu’elle a l’habitude de prendre en plus de son bib. J’avais tellement envie d’être tranquille, de vite l’emmener chez la nounou que lorsqu’elle me
    l’a demandé pour la 3ème ou 4ème fois, je l’ai grondé car elle avait son manteau et on était prêtes à partir… ben oui, je n’avais pas envie de prendre 10 min de plus le temps qu’elle mange son
    gateau. Je lui ai donné en lui disant « allé c’est bon mange le ton gateau, tu m’énerve! ». Bien sûr, une fois terminé, je l’ai prise dans mes bras et je me suis excusée d’avoir eu un comportement un
    peu exagéré.
    Enfin… c’est bien compliqué tout ça!!!

  11. Ton billet me fait vraiment écho, parce que je me suis fait une réflexion similaire aujourd’hui. Ma fille n’a que 13 mois, et pourtant je me rends compte que la fatigue fait qu’elle me pousse
    souvent à bout, que je perds patience et que je crie au lieu de rassurer, que je la rejette au lieu de la consoler. Ce constat là me fait mal, et j’ai comme toi l’impression de « mal aimer » mon
    enfant et qu’il ne verra de moi qu’une maman lunatique qui ne lui montre pas assez à qu’elle point elle est fière.
    Je pense qu’on est beaucoup dans ce cas…

  12. edith dit :

    Moi aussi j’aurai pu écrire ce billet avec mon grand de 8 ans (et j’ai l’impression que cela empire avec l’âge). Il m’exaspère et pourtant comme je l’aime! Je l’aime tout autant que son frère et sa
    soeur, mais c’est avec lui que c’est le plus « difficile ». Je ne sais plus si c’est moi qui suis trop exigente, ou si c’est lui qui est si difficile que ça. A l’école, la garderie ou chez les autres
    (quand je ne suis pas là) il est parait-il si facile…

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