malise
18 décembre 2012
Euthanasie : mais ouvrez donc les yeux!

Je n’avais pas prévu d’écrire aujourd’hui. Ou si je l’avais fait, j’aurais voulu parler d’un sujet léger. Mais voilà, l’actualité m’a rattrapée, et je ne pouvais pas ne pas venir ici pour poser ces mots.

Ce matin, je me suis retrouvée en larmes en regardant les informations. Vous me direz, c’est normal, je suis devenue particulièrement sensible à certains sujets depuis que mes hormones ont été chamboulées par deux grossesses. Mais j’ai beau avoir la larme facile, pleurer devant un JT ça ne m’était jamais arrivé.

Le sujet du jour, donc, celui qui revient de façon récurrente, celui pour lequel notre cher Président s’était dit favorable pendant sa campagne électorale : l’euthanasie.

Combien de temps va-t-on encore tourner autour du pot ? Combien de personnes va-t-on encore laisser souffrir en soins palliatifs, en se voilant la face et en se disant que c’est mieux pour eux ?

Mais faites quelque chose bon sang, chers pouvoirs publics! Vous rendez-vous compte que de nombreux malades sont obligés d’aller à l’étranger, loin de leur famille et de ceux qui les aiment, afin de pouvoir partir dignement et en toute conscience ? Cessez-donc de fermer les yeux, et d’essayer de nous faire croire à des sornettes! Raconter à des enfants que le Père-Noël ou la petite souris existent, pour avoir le bonheur de voir des étoiles dans leur yeux, c’est une chose. Faire croire aux adultes que nous sommes que tout est fait pour que des malades en fin de vie souffrent le moins possible en est une autre.

J’ai perdu trois personnes de mon entourage ces dernières années. J’ai affronté leur maladie avec elles. Je dit ce mot, « affronter », car c’est bien de cela qu’il s’agit. On ne baisse pas les bras face à la maladie, on essaie de ne pas la subir. On se bat, point! J’ai vu la souffrance dans leurs corps et dans leurs âmes. J’ai vu l’espoir, la lutte acharnée pour la survie, le désespoir encore plus grand de la rechute. J’ai essayé d’être présente du mieux que je pouvais, de les distraire, de les écouter, et de les aimer, surtout.

J’ai participé aux séances de chimiothérapie, j’ai vu les ravages qu’elles provoquent. La perte de poids, ou la rétention d’eau qui vous fait ressembler à une grosse bonbonne. La perte des cheveux, qui entraîne la perte de son identité et de son estime de soi. La fatigue, immense, qui fait perdre espoir.

J’ai assisté aux réunions avec ces praticiens tellement courageux, humains et compétents. Mais qui multiplient les protocoles sous prétexte de maintenir en vie, de continuer encore un peu. Mais pour qui ? Pour quoi faire ? Gagner un mois d’espérance de vie, est-ce cela l’espoir ? Essayer encore et encore, malgré les effets secondaires, tout en sachant pertinemment que les chances de réussite sont infimes, est-ce cela aider ? Mais où est la frontière entre aider et s’acharner ?

Je comprends qu’on ne laisse pas tomber, qu’il faut garder confiance et croire qu’un jour on trouvera une solution. J’ai conscience que tous ces malades se plient volontairement aux traitements expérimentaux, parce qu’il faut bien des cobayes, et que si cela marche par bonheur pour eux cela pourra être multiplié et en sauver tant d’autres.

Mais il y a un moment où il faut savoir dire stop. Il y a un moment où la souffrance doit trouver une limite, où on ne peut plus regarder quelqu’un se tordre et dire que la morphine fait effet.

Pourquoi attendre qu’une personne parte en vivant un calvaire, en étant tellement diminuée qu’elle en est méconnaissable ? Pourquoi attendre que son corps lâche, que plus rien ne réponde, alors qu’on pourrait avoir l’humanité de lui épargner toutes ces étapes ? Alors qu’on pourrait la traiter comme un être humain et non comme une expérimentation scientifique, en lui permettant de mourir dignement, selon son propre choix et au moment qu’elle aurait choisi.

Je vous parle bien entendu ici de ma propre expérience, de moi qui ai vu mourir ma Mère alors qu’elle était devenue l’ombre d’elle-même, un corps minuscule délirant sous l’effet des médicaments.
De moi encore, qui ai vu mourir mon Grand-Père de chagrin, et qui suis persuadée que les choses auraient été différentes s’il avait pu se préparer au décès de sa fille. De moi enfin, qui ai vu mourir l’amie de mon Père, pourtant si forte, après plusieurs jours de coma qui auraient pu lui être évités.

Pourquoi attendre lorsque l’on sait la fin inexorable ? Pourquoi torturer d’avantage les malades, et provoquer encore plus de déchirement pour les proches qui vivent ces instants ?

J’ai cette chance de ne pas avoir eu à vivre des accidents terribles, de ceux qui détruisent des vies en laissant quelqu’un dans un état végétatif. Je ne peux donc pas me mettre à la place des familles qui traversent ces drames. Mais ce que je peux dire de façon certaine, c’est que si jamais je devais me retrouver dans cet état, je préférerais mourir. Je sais que mes propos sont graves, et que beaucoup ne doivent pas être de mon avis. Je le comprends, je l’accepte. C’est cela la liberté individuelle. Chacun ses choix, chacun ses opinions, tout en respectant ceux des autres.

Alors quand allons nous enfin nous décider à autoriser ceux qui n’en peuvent plus à partir correctement s’ils le désirent ? L’euthanasie ne doit jamais devenir une obligation. Elle doit rester un choix. Mais le choix le plus important qui soit : celui de décider de sa propre vie.

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Article publié dans : « Vis ma vie »

14 réponses à “Euthanasie : mais ouvrez donc les yeux!”

  1. Le choix de décider de sa propre mort. Mourir dignement, entourés des siens… Je suis entièrement d’accord avec toi. Bises

  2. Babs dit :

    Sous ta plume, ce sujet est traité comme une ode a la liberté. Je ne peux qu’adherer. Même si on n’a pas envie de voir nos proches partir, on ne peut pas de résigner a les voir souffrir.
    C’est assez étrange et tellement vivant de lire tes messages les uns apres les autres : l’un sur les petits mots de tes enfants, l’autre sur l’euthanasie… Il faut de tout pour faire un monde !

  3. mamandoudouce dit :

    Un magnifique article écrit avec beaucoup d’émotions et de lucidité. Je suis totalement d’accord avec ta réflexion. Pourquoi laisser souffrir le gens si la fin est proche et qu’ils désirent partir
    dignement. Chacun devrait être libre de choisir sa propre « fin ».

  4. NiouzMum dit :

    C’est un des (trop) nombreux domaines dans lesquels je n’arrive pas à me faire une opinion « tranchée » car je me dis toujours « et si, et si … » et j’étais trop jeune lorsque mon grand-père est
    décédé suite à un long cancer pour pouvoir me poser la question …
    Néanmoins ton billet toujours très bien écrit me fait réfléchir et m’imprégner d’arguments en ce sens …
    J’ai juste peur des « râtés » qu’il pourrait y avoir ou des « dérives » possibles sur un sujet si sensible.
    En tout cas je comprends que cela te touche à ce point, et il est vrai que l’opinion des familles des malades et la façon dont elles ressentent les évènements sont également à prendre en compte
    dans la gestion de la question.

  5. stephix dit :

    je suis en train de perdre ma grand-mère, on pense qu’une tumeur s’est placée dans le cerveau car en quelques jours elle a changé du tout au tout et dit des choses incohérentes, elle qui était
    encore un roc il y’a peu. Cependant, ma foi me permet de l’aider dans ce qui semble être ses derniers jours. Je respecterai sa volonté de partir car elle ne se bat plus et elle veut rejoindre son
    mari. Pas d’acharnement, pas de traitements de chimio qui vont la faire souffrir encore plus. J’y veillerai. Mais je sais combien il est important, tant qu’elle est lucide, qu’elle puisse se
    préparer intérieurement à mourir, à passer de l’autre côté, à vivre cette expérience dans la paix, entourée de ceux qui l’aiment. J’ai entendu tellement de témoignages de personnes, mortes les yeux
    illuminés de joie, malgré leur souffrance, parce qu’ils voyaient untel ou untel décédé plusieurs années auparavant. Je crois en l’au-delà, en cette vie après la mort, et accompagner un malade en
    phase terminale, c’est aussi l’accompagner spirituellement, en lui prodiguant de la tendresse, des caresses, des mots doux et des mots d’espérance sur l’après etc. Cela aide à partir en paix. Ce
    qui m’inquiète dans l’euthanasie ce sont les dérives. Comment légiférer là-dessus de manière générale alors que ça devrait rester du cas par cas ? Le sujet est complexe, entre l’acharnement
    thérapeutique, l’euthanasie (piquer qq1), et le suicide assisté (laisser la personne se piquer)…Il ne faut pas tout confondre, et dans beaucoup de cas, un vrai accompagnement humain pourrait
    aider à partir en paix. On connait la part du psychisme dans le ressenti de la douleur, dans le déroulement d’une maladie. Travailler avec ça, plutôt que de piquer systématiquement. Chercher des
    alternatives humaines, avant de penser piquouse. Je n’aime pas ce geste de la piqûre finale. Je préfère qu’on donne les médocs qui soulagent, même s’ils raccourcissent la vie, comme effet
    secondaire. On ne cherche pas alors à tuer la personne pour la soulager, mais à soulager la personne qui mourra sous les effets des analgésiques puissants. On dirait qu’on joue sur les mots, mais
    pourtant c’est bien profond comme différence. Dans le premier cas, on laisse la personne partir d’elle-même en ayant eu le temps de se préparer intérieurement (oui car même dans le comas c’est
    possible, des témoignages là-dessus il y’en a à la pelle), alors que dans l’autre cas, on impose l’heure de la mort, sans respecter ce qui se passe au-dedans de la personne, qui pourrait aussi
    avoir changé d’avis mais qui ne peut plus l’exprimer. Quant au suicide assisté…perso…je n’ai pas d’avis. Là pour le coup je pense que c’est selon la conscience de chacun, entre celui qui est
    lucide et demande la mort avec toute sa conscience, car il est prêt à partir, et l’autre qui prodigue cette aide, sans pour autant appuyer sur le bouton. Elle est juste là pour veiller à
    l’installation du matériel, et pour la suite des événements….çe ne me semble pas être le même geste que de « donner » la mort. Je me trompe peut-être? Et attention aux dérives du suicide assisté.
    Combien pourraient retrouver l’espoir et l’amour de la vie, s’ils rencontraient sur leur chemin les bonnes personnes pour les y aider? Les aider à mourir plutôt que les aider à vivre, ça craint
    non?

  6. stephix dit :

    je suis bouleversée et n’ai plus trop la tête en état de penser. Juste je voulais te remercier pour ta gentillesse et ta compassion. Je suis en larme derrière mon écran. On n’est jamais prêt à voir
    partir ceux qu’on aime…

  7. stephix dit :

    merci tu es adorable !

  8. Maman Crotte dit :

    C’est un sujet tellement tellement difficile ! Ma grand mère à moi est morte en 3 semaines, d’un cancer fulgurant (qu’on nous a dit) des os. Je n’ai pas pu lui dire en revoir. C’était il y a onze
    ans. Et je la pleure encore dès que je pense à elle (au moins une fois par jour). Et bizarrement, j’aurais voulu qu’on puisse me la garder en vie. Juste un petit peu. Pour lui dire en revoir.

    C’est un sujet tellement, tellement difficile 🙁

  9. minouchkaïa dit :

    sujet bien délicat, sur lequel on peut difficilement avoir un avis tranché. Juste dire que, pour avoir vécu la fin de vie de mon compagnon,les dernières semaines furent terribles mais que je suis
    infiniment reconnaissante à toute l’équipe soignante qui s’est occupé de lui dans des conditions parfois intolérables(c’était en pleine canicule de 2003, l’hôpital était archi-bondé et ils ont
    pourtant eu la délicatesse de nous laisser une chambre de 2 afin que je puisse rester avec lui jusqu’au bout- il n’a finalement pas eu le temps de choisir (ou pas) l’option des soins palliatifs),
    que je me souviendrai toujours de ce jeune infirmier à qui je disais que cette façon de partir n’était pas celle que mon chéri aurait voulu et qui m’a répondu qu’on ne choisit pas ces choses-là.
    Cela m’a paru tellement dur et injuste sur le moment. Pourtant, je sens maintement qu’il avait raison…peut-on tout décider, maîtriser, y compris sa propre mort ? je ne sais pas, en tout cas on
    peut juste espérer un minimum de miséricorde (et les médecins savent heureusement souvent l’être, officieusement, en « débranchant » ou en forçant un peu la dose d’hypnotique) afin de partir, sinon
    dignement (la maladie est une offense à la dignité) du moins le plus humainement possible, dans le soulagement de soi-même et de ses proches. Mais qui fixe la limite ? Tout cela est tellement
    subjectif, mais aussi culturel.. Depuis, je reste toujours dubitative face aux débats récurrents autour de la légalisation de l’euthanasie, et pense que ce « dispositif » doit rester l’exception, et
    non pas la règle.

  10. Ptisa dit :

    je suis tout à fait d’accord avec toi, moi aussi j’ai vu des personnes âgées souffrir en fin de vie. Les gens qui sont contre n’ont pas vécu ça et ne se rendent pas compte de la réalité de la
    déchéance dans un lit (machines, dyalise, escarres, vomissements, etc.) pourquoi ? mourir. Après c’est sûrement difficile de savoir à quel moment la situation est irrévocable, et les médecins faut
    les comprendre, ils sont là pour sauver des vies et chaque décès est un échec. Merci pour ce post.

  11. anyuka dit :

    C’est un sujet qui me touche particulièrement (j’ai moi aussi vu mourir ma mère, et je ne me suis jamais remise de la façon dont elle est partie, que j’ai trouvée inhumaine, dégradante…), et un
    débat que je suis de très près, j’ai toujours eu envie d’en parler sur mon blog d’ailleurs, mais je n’arrive pas encore à poser les mots dessus… tu y es arrivée, de façon très juste… Merci !

  12. minouchkaïa dit :

    tu sais, loin de moi était l’idée de critiquer ton article avec ce commentaire, je voulais juste dire ma position sur le sujet, et toutes sont respectables et sans doute justifiées par le vécu de
    chacun. Forcément, ce que ce débat fait résonner en moi est très personnel, mais je comprends aussi sans la juger la colère qui est la tienne, je l’ai ressentie aussi aux pires moments. Peut-être
    qu’avec le temps j’ai réaménagé tout ça dans ma petite tête, pour oublier cette phase-là et ne que conserver les meilleurs souvenirs. Perdre ceux qu’on aime est de toute façon scandaleux, quelque
    soit la manière dont ils partent.

  13. Notre fils Hervé Pierra est resté plongé dans un coma végétatif chronique irréversible pendant 8 ans 1/2. Il est décédé après application de la loi Léonetti sans sédation en 6 jours
    cauchemardesques. En visitant le blog des parents d’Hervé Pierra, vous comprendrez pourquoi nous sommes pour une aide active à mourir dans certains cas.

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