malise
25 février 2013
Est-on responsables de nos parents ?

Je voulais vous parler de mes enfants. Vous dire comme c’est dur d’être parent, mais tellement beau. Comme c’est fatiguant, mais tellement gratifiant. J’avais prévu de vous parler de mes enfants, et voilà que je viens vous parler en tant qu’enfant.

Je ne sais pas si je suis en colère, ou si je suis triste. Je suis dans un drôle d’état, complètement perdue. Je ne sais pas comment me comporter, ni quelle est la meilleure attitude à adopter. Je n’arrive pas à savoir ce qui est bon pour lui, et pour nous.

Je ne pensais pas avoir un jour à me poser ces questions, en tout cas pas avant que mon Père ait un âge avancé, ce qui est loin d’être le cas.

Suis-je responsable de lui ? Est-ce à moi de prendre des décisions à sa place, de le pousser, de faire en sorte qu’il se prenne en main ?

Voilà des mois qu’il est au fond du gouffre. Des mois qu’il nous dit que les choses vont s’arranger, qu’il va réussir à prendre le dessus. Mais il ne fait que s’enfoncer d’avantage. Il a arrêté tous les médicaments qu’il prenait au moment du décès de sa compagne, il y a un an. Je ne lui ai jamais donné tort sur ce point, il avait l’air d’un zombi, arrivant péniblement à articuler deux mots à la suite, et peinant à marcher comme un petit vieux qu’il n’est pas.

La solitude l’isole de tout, lui rend la vie insupportable.

Au tout début, il répondait positivement à toutes les invitations. J’en étais surprise et ravie, il ne se coupait pas du monde.

Mais l’hiver est arrivé. Il a cessé de sortir, par peur de prendre sa voiture ou les transports en commun. Il ne répondait au téléphone qu’avec parcimonie, puis il a cessé de répondre. Ses amis, ses proches, se sont alors mis à m’appeler pour me faire part de leur inquiétude. Il a de la chance de les avoir, mais que puis-je leur répondre, moi qui suis toute aussi inquiète qu’eux ?

Avec mon frère, nous avons décidé de le pousser, de prendre des rendez-vous pour lui s’il le fallait. Il nous a demandé de ne pas le faire, craignant que notre attitude ne le pousse dans ses retranchements.

Mon frère l’a pourtant conduit chez un ostéopathe, mais il n’a jamais voulu retourner le voir seul.

J’ai insisté lourdement, à l’occasion de nombreux déjeuners en tête-à-tête avec lui, pour qu’il aille consulter un psychiatre. J’étais prête à m’en charger, et à le prendre par la main s’il le fallait, mais il a fini par y aller seul. J’espérais que cela l’aiderait à aller mieux. Je pensais qu’un médecin saurait comment l’aider, même chimiquement s’il le fallait. Je me suis trompée, apparemment.

Ce matin, mon Père m’a laissé plusieurs messages sur mon répondeur, que je n’ai eu que tardivement. Je ne l’avais pas appelé du week-end, nos conversations se limitent à peu de mots en ce moment, je ne savais pas quoi lui raconter.

Il est malade depuis vendredi. Plus de deux jours sans manger, incapable de se lever, il a fini par m’appeler au secours…

Je me suis sentie tellement mal, vous ne pouvez pas savoir. Quelle fille suis-je donc, pour laisser mon Père ainsi ?

Je ne suis pas allée travailler, j’ai foncé chez lui, et je l’ai trouvé là, un peu hagard. Il n’a presque pas dormi depuis trois nuits et autant de jours. Il était rouge de fièvre, les joues creuses, les traits tirés. J’en ai pleuré de le voir si diminué.

Ce matin, je suis allée faire des courses pour lui, je lui ai préparé une soupe, et des carottes caramélisées. J’ai fait tourner deux machines, changé ses draps, préparé ses médicaments, et de l’eau sucrée pour qu’elle passe plus facilement.

Je ne pensais pas que la solitude pouvait détruire. Je pensais qu’il s’y ferait, qu’il y trouverait peut-être même son compte, tout comme j’ai pu le faire moi aussi pendant mes années de célibat.

Ce matin, j’ai eu honte de ne pas être plus présente pour lui. J’ai eu mal de le voir comme ça, et de ne rien pouvoir faire.

Je sais que j’ai ma vie, ma propre famille, mon travail. J’habite loin de chez lui, je ne peux pas aller le voir tous les jours.

Il a soixante-quatre ans. Vous vous rendez-compte ? Il a encore tellement de belles années à vivre. On ne va pas en maison de retraite à cet âge-là, si ?

Je voudrais le secouer, lui dire : « Regarde tout ce que tu manques! ». Je voudrais qu’il fasse ce qu’il faut pour ne plus avoir mal au dos, pour ne plus déprimer. Je voudrais tant qu’il soit encore un peu heureux, juste un peu, comme avant.

Je ne suis pas responsable de son état, mais est-ce que je ne suis pas un peu responsable de lui ? Est-ce donc bien ça, le cercle de la vie ? Les parents prennent soin des enfants qui un jour prendront soin d’eux ?

Je ne pensais pas devoir le faire aussi vite. Je ne suis pas prête. Je ne veux pas. Je veux qu’il redevienne mon Papa…

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Article publié dans : « Vis ma vie »

18 réponses à “Est-on responsables de nos parents ?”

  1. A la mère si dit :

    Bon courage à toi, ce n’est jamais simple ce genre de situations, je vis des choses pas évidentes en ce moment à cause de la maladie de mon père et j’aurais préféré repousser cela de quelques
    années aussi… Je t’embrasse

  2. Marie mon-nid dit :

    Oh c’est dur… Bon, bon courage à toi !

  3. lili dit :

    Comme je te comprends dans tes mots, mais moi c’est envers ma maman comme tu le sais. Je pense que oui, nous devenons les responsables de nos parents un jour, nous le souhaitons le plus tard
    possible.
    Mais je crois que meme si c’est tard, nous ne serons jamais vraiment pret… nous n’accepterons jamais ce role. Bisous

  4. Evi dit :

    ça m’a fait une boule dans la gorge de lire tout ça. Que dire? A part de faire du mieux que tu le peux et te souhaiter du courage…
    Bises

  5. Lalotte dit :

    Oui, nous sommes responsable de nos parents… Et heureusement car, sinon, qui s’occuperait d’eux quand ils sont mal?
    Je te trouve vraiment courageuse…
    DES BISOUS!

  6. plein de courage à toi et ton papa.
    y a t-il quelque chose qu’il aime faire? peindre, photo, écrire, quelque chose pour évacuer, une sorte de psy sans psy? pour l’occuper, pour le motiver? le mental joue énormément sur la santé, il
    faut qu’il se motive.
    gros bisous malise

  7. coucoumaman dit :

    Oh ben mince alors. J’espère que tu retrouveras ton Papa, le printemps arrive, ça réchauffera peut être son coeur.
    Bon courage à vous deux.
    Bises

  8. Amalise,
    Ton article est tellement touchant, même si je ne suis pas encore dans ta situation, J’ai 26 ans, ma mère et mon père n’en ont pas 50 encore, mais je la comprend évidement. On reste l’enfant de ses
    parents à n’importe quel âge. Je te souhaite du courage et le pouvoir de re-motiver ton papa pour lui donner la force de profiter des années qui lui reste prés de vous. Tes enfants, cela peut être
    un bon moteur, quoi de plus motivant qu’un enfant innocent qui te sollicite…
    Des bises

  9. minouchkaïa dit :

    de l’ombre encore sur ton coeur ces temps-ci…je ne sais pas si on est « responsable » de ses parents, mais on leur doit assistance (même la loi le stipule) quand ils sont dans le besoin, que ce
    soit matériel, ou affectif..mais jusqu’à quel point ? cela dépend de l’histoire familiale (j’ai une amie qui a subi tant de maltraitance qu’elle les laisseraient bien crever sans rien faire,
    qu’elle ait tort ou raison n’est pas la question)et c’est aussi culturel (dans d’autres sociétés, on ne se pose même pas la question, la prise en charge des aînés est une évidence). Il faut dire
    que ce n’est pas facile tous les jours d’être parent (on en sait toutes quelque chose désormais ;-)), alors ce n’est que justice de prendre à notre tour soin d’eux quand il le faut. Maintenant, il
    faut se préserver aussi, savoir ce que tu peux porter et ce qui ne t’appartient pas dans tout cela, ne pas y laisser ta propre vie de famille..je te souhaite plein de courage, je suis sûre que tu
    trouveras les réponses au fond de toi. Bise

  10. C’est tellement dur, et ton papa il réagit comment face à ses petits enfants, ça ne lui redonne pas un peu l’envie de se battre? Je crois que tu as raison de l’encourager, même s’il ne veut pas
    l’entendre tu ne devras rien te reprocher. Et ma fois pour le message sur le répondeur ce n’est pas de ta faute, nous ne sommes pas infaillible et nous avons tous notre « quotidien » à gérer.

  11. Ptisa dit :

    j’allais te dire que je me reconnais dans ton témoignage, mais non, ma mère a 80 ans et respire avec de l’oxygène en bouteille, elle est chez elle, seule, à 150 km de chez moi et n’aime pas
    demander de l’aide aux voisins. Je la prendrai bien chez moi mais chez moi on ne dort pas, où si on dort, c’est jusqu’à 5h.
    Elle-même dit qu’elle n’a pas le moral, elle sait que c’est l’hiver, que quand elle pourra passer du temps dans son jardin, ça ira mieux, mais bon. C’est ça les fins de vie.
    Ton papa ne peut pas venir quelques temps chez toi ? il accompagnerait et irait chercher les enfants à l’école, ça l’occuperait ? Est-ce que tu as fait venir son médecin, lui pourrait te dire ce
    qu’il pense à le voir diminué, de manière plus objective que toi.
    C’est très dur ne pas pouvoir s’occuper de ses parents, mais on a aussi des enfants en bas-âge qu’on ne peut pas laisser. Il faut trouver une semaine de vacances et débarquer et s’occuper de tout,
    ensuite, on verra …

  12. mamandoudouce dit :

    Ton message m’a une nouvelle fois bouleversée. Ce doit être très difficile pour toi et ton frère! Vous devez vous soutenir et continuez ) agir comme vous le faites déjà. VOus faites ce qui est
    possible mais vous ne pouvez pas obliger votre papa. J’espère qu’il aura bientôt un déclic et que son état s’améliorera. Je vous souhaite beaucoup de courage et je t’envoie de gros bisous.

  13. Ecrire ce billet a dû être particulièrement difficile.Je suis tellement désolée…
    Juste un mot de soutien pour te donner un petit peu de courage en plus…

  14. Koxie dit :

    Ton texte me donne des frissons d’émoi et de frayeur. Emotions quand je pense à toi, ton père et le fait que ce soit à toi de prendre soin de lui, qu’il n’est plus ce papa beau et fort, solide
    comme un roc. Tu as beaucoup de courage d’avoir écrit ces mots, pas de jugement, juste du respect et de la compassion. Qui pourrais te jeter la pierre ? Rien n’est plus dur à mon avis de passer du
    statut d’enfant à celui d’aidant.
    Frayeur, quand je pense aux années qui passent. Ton texte est comme un miroir sur ce qui m’attends. Je ne sais pas dans combien de temps, le plus tard possible j’espère.
    Je vous souhaite le meilleur à toi et ta famille.

  15. Maman Crotte dit :

    Oh la la. Ton billet me fait pleurer. C’est ma hantise
    🙁

  16. EloD16 dit :

    La photo que tu as choisie pour illustrer ton message me touche autant que tes mots….et pour une fois, moi qui suis toujours prête à rebondir sur ceux des autres, je n’ai pas de mots pour
    appuyer,soutenir ou étayer les tiens…Je suis juste émue par cette situation,très et trop touchée par ta souffrance et celle de ton papa…Du courage Malise, et des baisers pour t’accompagner…

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