malise
26 février 2013
Le temps d’une nuit au coeur de la ville

Hier, je suis partie de mon travail à 19 heures. Voilà plus de trois ans que cela ne m’était pas arrivé. Le temps de deux naissances. Le temps de deux déménagements. Le temps d’une vie nouvelle.

Je suis allée prendre le métro en traînant un peu des pieds, et je me suis faufilée au milieu de cette foule anonyme aux yeux fatigués et aux visages fermés. Le temps d’un sourire à une vieille dame perdue. Le temps d’une plongée dans mes pensées égarées.

Il ne m’a fallu pas plus d’un quart d’heure pour arriver, alors qu’il me faut près d’une heure et quart depuis que nous vivons dans notre paradis campagnard. Juste le temps d’un souffle, dans cette ville si pressée. Tout le temps de respirer, dans notre banlieue éloignée.

Sur le chemin de son appartement, j’ai retrouvé mes réflexes d’avant, de citadine attirée par la lumière des autres. J’ai levé la tête, et admiré ces beaux immeubles, ces fenêtres fermées laissant deviner l’animation de la préparation des repas. J’ai prolongé ma marche, pas très loin, pour me procurer une brosse à dents et trouver le courage de monter. Un temps d’hésitation. Le temps des résolutions.

Il était là, couché sur sa banquette, la respiration courte. J’ai touché son front brûlant sans que cela ne le réveille, alors je l’ai regardé comme je n’arrivais plus à le faire ces derniers temps. Dans son sommeil, même malade, il ressemblerait presque à celui qu’il était il n’y a qu’une dizaine d’années. Le repos masque les corps endoloris et repus de tristesse.

Je suis allée lui préparer son repas, au cas où il aurait envie de manger, puis j’ai appelé mon Frère pour lui raconter ma journée. Il ne savait même pas que notre Père était malade. Il est comme moi, finalement. Plongé dans sa vie de tout jeune Papa, pris dans le tourbillon d’une existence à mille à l’heure qui ne laisse guère le temps. Le temps de se poser et de penser aux autres. Le temps d’être moins égoïste. Le temps de profiter.

Seule dans cette ville que je connais par coeur, que j’aime tant, j’ai retrouvé un instant mon existence d’avant. Celle d’avant le bonheur de connaître mon Amoureux. Celle d’avant la plénitude procurée par mes enfants. Je me suis sentie tellement perdue, là, malgré la présence de milliers de personnes vivant leur vie autour de moi. Je me suis souvenue de mes soirées en tête-à-tête avec ma solitude, de cette sensation de vide, de ces minutes s’égrenant péniblement. Certes il y avait les fêtes, les amis, les sorties, tout ce qui rend la jeunesse agréable. Mais j’étais jeune,
justement. Et mon Père ne l’est plus. Le temps de l’insouciance est révolu.

Je n’ai pas beaucoup dormi, la nuit dernière. J’ai regardé la ville par la fenêtre. J’ai veillé sur mon Père comme je veille sur mes enfants. Je me suis levée lorsque je l’entendais se lever, et recouchée après m’être assurée qu’il était confortablement installé.

J’ai réfléchi, beaucoup, à ce qui allait devoir suivre…

J’ai repensé à la longue période pendant laquelle mon Grand-Père paternel avait vécu chez nous. Cet homme rude, ancien travailleur de la terre, peu aimant, si peu démonstratif, tellement tyrannique. Cet homme qui avait vécu la guerre et ses privations, qui cachait la nourriture sous son lit et dans ses poches de peur qu’on ne lui la reprenne. Sa présence avait failli entraîner la séparation de mes parents. C’est si dur d’avoir un étranger chez soi, surtout quand cet étranger fait partie de la famille. Serait-ce la meilleure solution pour mon Père ? Lui demander de vivre chez nous ? Au risque de briser notre équilibre si précaire, puisque nous apprenons encore à vivre tous les quatre ensemble.

Le mettre dans une maison de repos, alors ? Je crois qu’il va falloir l’envisager. Lui-même en a déjà parlé, c’est nous qui avions décidé de ne pas entendre…

Cette nuit, chez lui, séparée de ma famille, je crois que j’ai compris. Il faut que nous fassions en sorte qu’il ne soit plus seul. Il est temps d’agir. Il est temps de le sortir de sa torpeur.

Il est temps qu’il profite de la vie.

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P.S. : un grand merci à toutes pour vos messages suite à mon billet d’hier. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point ils m’ont fait du bien, et m’ont permis de prendre un peu de recul. Mes écrits ne sont pas particulièrement joyeux en ce moment, mais c’est la vie, n’est-ce pas ? Il suffira sans doute d’un éclat de rire de mes enfants pour que tout aille mieux… Merci!

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Article publié dans : « Vis ma vie »

8 réponses à “Le temps d’une nuit au coeur de la ville”

  1. lili dit :

    je pense que c’est une sage décision. Quand on travaille, qu’on a des enfants en bas age, qu’on est débordée, une maison de repos peut etre une bonne décision pour tous. Il y en a de tres bien en
    plus. Bisous et courage.

  2. tu sais, mettre ton papa en maison de repos ce n’est pas l’abandonner, ce n’est pas l’oublier, peut être devrais tu y réfléchir avec ton frère, si en plus ton père a évoqué le sujet, c’est qu’il
    est conscient qu’il y serait bien, et aussi retrouverait il la forme, le positif?
    bises

  3. mamandoudouce dit :

    Peut-être que c’est une bonne alternative le temps qu’il se remette et reprenne du poil de la bête? Il y en a peut-être près de chez toi? Après, ça ne veut pas dire qu’il ne pourra pas retourner
    chez lui. Il faut voir en famille ce qui est le mieux pour lui et pour vous. Bon courage en tout cas. Gros bisous

  4. mamandoudouce dit :

    Je ne pensais pas à une maison de retraite mais plus une maison de repos, histoire de remonter la pente.

  5. leoetlisa dit :

    Il faut l’écouter et s’il a évoqué la maison de repos c’est bon signe, il a envie et certainement besoin que l’on prenne soin de lui. Le temps qu’il retrouve le moral et un peu de force. Va voir
    son médecin traitant et fait une demande, il lui trouvera une place, s’il a une mutuelle il se pourrait même qu’il n’ait rien à débourser. Mais une maison de repos c’est temporaire, de 1 à 3 mois,
    quelque fois plus (mon père y était resté un an), courage, et ne te culpabilise pas, tu as ta vie, tes enfants, ton couple et surtout, il y a toi, n’oublie pas de penser à toi ♥

  6. Angeso dit :

    La vie est difficile en ce moment… N’oublie pas que je t’aime

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