malise
11 mars 2013
Tout contre moi

Elle est arrivée il y a vingt mois. Déjà. Elle est arrivée si vite, pressée de découvrir la vie. A l’image de ce qu’elle est aujourd’hui, cette petite fille qui chamboule tout sur son passage…
J’ai à peine eu le temps de voir son petit visage tout chiffonné, il fallait se dépêcher de la couvrir et de lui tenir chaud, de lutter contre son hypothermie. C’est son Papa, alors, qui l’a serrée tout contre lui, longtemps. Nous distinguions à peine ses yeux, toute emmitouflée qu’elle était.

C’était ma première rencontre avec elle, tout loin de moi, à lui dire des mots d’amour et à l’admirer dans ses bras à lui…

Nous nous sommes vite rattrapées. Pour éviter qu’elle ne soit mise en couveuse, je l’ai placée sous mon tee-shirt, dans un peau à peau dont je garde un souvenir merveilleux. Elle est restée là plusieurs heures, sa petite tête posée contre mon cou juste sous mon menton, me permettant de la respirer et de l’embrasser à volonté.

Un moment tellement précieux, tellement important, qui m’a fait oublier l’épreuve que nous venions de traverser, et qui nous a permis de nous apprivoiser l’une l’autre.

Je n’imaginais pas alors à quel point mes bras allaient devenir son repère, son point de chute. Nuits après nuits, jours après jours. Mes bras pour s’endormir, mes bras pour consoler, mes bras pour câliner, mes bras pour manger, mes bras pour jouer …

Au fil des mois, tout contre moi, des habitudes se sont créées. Moi qui l’ai allaitée posée sur mon ventre, je continue aujourd’hui à lui donner son biberon assise sur mes genoux. Elle est toujours aussi sérieuse, ses petits poings serrés, concentrée sur ce qu’elle fait. De temps en temps, tout comme avant, je la vois lever les yeux vers moi, jusqu’à ce que je pose un baiser sur son front.

Elle accepte désormais que les nuits nous séparent, mais il m’est impossible de tenir le compte de toutes celles qui nous ont vues nous endormir ensemble, lovées sur le canapé, mes genoux relevés créant un cocon où elle se logeait tranquillement. Tout comme ces longues heures passées à arpenter mon salon, à la bercer et à essayer de l’endormir.

Elle est trop lourde maintenant pour que je puisse continuer à la porter longuement. Alors, les quelques fois où elle se réveille, je m’assois dans le fauteuil dans sa chambre, et la laisse trouver la position qui lui convient le mieux pour se rendormir sur moi. Jusqu’à ce qu’elle finisse par me signaler en se tortillant que son lit est bien plus confortable. Jamais ne n’aurait cru cela possible il y a quelques mois, que ce serait elle qui demanderait à retourner se coucher, sans pleurs…

Je ne la vois pas grandir, ma Puce, mais je la sens grandir. Je sens son poids de moins en moins facile à soutenir, et ses jambes qui balancent de plus en plus bas contre les miennes. Sa tête qui reposait contre mon torse, et qui se pose désormais sur mon épaule. Ses petites mains qui pressaient ma poitrine, et qui me triturent maintenant les cheveux, ou prennent mon visage pour le coller contre le sien.

Je ne peux pas me mettre à cuisiner sans qu’elle vienne se frotter contre ma jambe, réclamant que je la pose sur ma hanche pour mieux voir ce qui peut bien se tramer dans les casseroles. Je ne peux pas m’asseoir sur le canapé sans qu’elle se précipite vers ses livres, me grimpe dessus, et m’ordonne de lire en me tournant la tête s’il le faut. Le plaisir de marcher ne l’empêche pas de continuer à réclamer mes bras quand elle est fatiguée, ou quand elle a envie d’être fainéante.

Avec le temps, elle a fini par en accepter d’autres : ceux de son Père, de ses Grands-Parents, de sa Nounou. Et ceux de son frère aussi, pour un câlin devenu incontournable au moment du coucher.

Je suis très nostalgique en ce moment. Je sais que ces instants un peu fusionnels vont devenir de plus en plus rares. Je ne dirai pas que les réveils nocturnes me manquent, mais il n’y a rien de comparable à ce sentiment de bonheur complet que j’éprouve en sentant leurs petits corps tout chauds contre moi, à mes deux amours.

Ce matin, lorsque j’ai déposé ma fille chez sa Nounou, je lui ai juste fait un bisou pour lui dire au-revoir. Comme chaque jour, ne pas s’éterniser pour éviter les pleurs. Mais ce matin, pour changer, je suis retournée vers elle et je l’ai serrée tout contre moi. Et c’est moi qui suis partie loin d’elle avec les larmes aux yeux.

Vingt mois, déjà…

Chien

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Article publié dans : « Loulette aux fraises »

10 réponses à “Tout contre moi”

  1. mamandoudouce dit :

    On ressent beaucoup d’amour à la lecture de ton article

  2. Ah la tienne aussi elle veut toujours voir ce que t’es en train de cuisiner? Il est beau ce billet, il ‘ma fait monté la larmichouille à l’oeil. 20 mois déjà… ça sera dans 10 jours exactement
    pour nous. Des bisous à ta poulette.

  3. lablune dit :

    Pfiou c’est beeeauuuuu !!!! (pas pleurer, pas pleurer, pas pleurer…)

    C’est ce genre d’articles qui me fait changer d’avis sur le fait d’avoir un enfant, grâce à toi, j’en voudrai 10 ! ^^

    =)

  4. Angel dit :

    Coucou,
    quel moment nostalgique et cet amour intense pour tes enfants que l’on sent au travers de tes mots. Un belle écriture que je me plais toujours autant à lire.
    J’en ai les larmes aux yeux, cela me rappelle tant de souvenirs de mes 3 amours et je me dis aussi que le temps passe vite mais je n’aurai plus la chance de revivre çà encore une fois, tenir pour
    la première fois son bébé contre soi, le réchauffer…
    Merci pour ce moment, bisous

  5. coucoumaman dit :

    Oh c’est tout mignon!

    Mon Pik aussi est arrivé vite, je l’ai gardé en peau à peau pour lui éviter la couveuse. ♥

    Pour la cuisine, c’est pareil…sauf que Papa a poussé sa gueulante hier et les ptits sont interdits de cuisine. Ils attendent sagement à l’entrée, c’est trop mignon. Mais bon, au bout de 5
    minutes, y a un pied qui a réussi à passer. Et moi j’arrive pas à résister à leur petites bouilles.

    Et en plus on a le même tapis..c’est fou hein?

  6. natmum02 dit :

    le temps passe trop vite… on devrait s’arrêter plus souvent pour savourer l’instant présent avant qu’il ne soit passé……

  7. Calou 16 dit :

    Magnifique l’Amour d’une mère…
    Plein de douceur et d’émotion dans ces mots , comme toujours…

  8. très émouvant… Peut-être parce que ça me ramène à des sensations et des émotions qui sont intactes alors que mes bébés ne sont plus des bébés…!
    Ce qui me rassure, c’est que les années passent et finalement, la relation fusionnelle que j’avais avec ma grande reste telle qu’elle était (ma grande à 5 ans). Certes elle dort bien la nuit et
    n’est plus allaitée lol mais elle a toujours besoin de mes bras pour la câliner, de mon oreille pour se confier, de mon regard pour l’encourager… Et ma 2e, qui a 3 ans, idem. Je crois que quand
    on est proche de ses enfants quand ils sont bébés, on le reste. L’inconnue, l’interogation, pour moi, concernant l’adolescence. Ce passage va-t-il briser quelquechose ou bien notre relation
    va-t-elle permettre à mes filles de traverser sereinement cette phase ? Bon je m’emballe un peu, j’ai encore le temps avec qu’elles soient adolescentes !!!

  9. Ptisa dit :

    Mon aînée était très autonome, n’a jamais demandé les bras, jouait seule assise dans son parc pendant des heures. Ma deuxième chouinait tout le temps, ne se calmait que dans nos bras, ne dormait
    pratiquement pas la journée, ne s’endort que bercée, sinon elle s’énerve et crie. Cette obligation de l’avoir dans les bras m’énervait au plus haut point. Maintenant qu’elle me court après à 4
    pattes et qu’elle demande les bras (et chouine si je refuse) je suis complètement attendrie et je ne me lasserais pas de me la garder pour moi. C’est peut-être aussi parce que c’est la dernière
    qu’il y a de la nostalgie dans ce qui n’est pas encore passé? Je sais qu’il n’y en aura plus après et ça me rend un peu triste, on passe du statut de maman au statut de … vieille

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