malise
9 avril 2013
Time

Il y a dix ans, j’étais célibataire mais je ne recherchais plus l’âme soeur. Je me disais simplement que la mienne n’existait pas. Et parfois, je me disais même qu’aucune âme soeur n’existait vraiment.

Je n’envisageais pas l’éventualité d’avoir des enfants un jour. Sans que cela me perturbe outre mesure, mon horloge biologique ne s’étant pas encore mise en action.

Je vivais dans un mignon petit appartement dans les Pentes de la Croix-Rousse, le quartier des artistes et des créateurs. Mes seules préoccupations étaient le prochain ciné, le prochain resto, la prochaine expo. Mes soirées étaient dédiées aux copains, et mes week-ends aux ballades en ville, au shopping, aux soirées all night long.

Mon objectif dans la vie, ce qui me faisait avancer, était le prochain voyage que je ferais. Chaque année.

Je terminais mon DESS en formation continue, et je travaillais avec mon Père pour prendre un jour sa succession.

J’étais bénévole dans deux associations qui organisaient des soirées, et j’adorais ça.

Je courais au minimum deux fois par semaine, et j’allais à la salle de sport dès que je le pouvais. Je participais à des semi-marathons. Et je parcourais la ville en roller tous les vendredis soirs.

Je me couchais parfois à 03h00 du matin en semaine, et j’enchaînais avec le boulot en souriant. Je me levais à 7h30 le matin, et je trouvais ça vraiment dur. Je faisais des grasses matinées, des siestes, et je me plaignais d’être fatiguée par mon rythme de vie effréné.

Il y a dix ans, je suis partie toute seule en Inde pendant cinq semaines. J’ai découvert Bombay, Madras, Pondichéry, Cochin, Goa. J’ai fait des rencontres fantastiques et improbables, et parfois d’autres terriblement effrayantes. J’ai découvert des lieux magiques, spirituels, splendides. Une culture et une civilisation incroyablement riches. Des gens extraordinairement généreux.

J’ai sauté en parachute pour la première fois.

Ma Maman était encore là. J’allais chez mes parents tous les dimanches, et je n’étais pas consciente de la chance que j’avais.

Je ne connaissais le mot cancer que de loin. La maladie, la mort, n’étaient que des concepts auxquels je ne pensais jamais. Parkinson, la vieillesse, le manque d’envie de vivre n’avaient même pas effleuré la surface de mon cerveau.

Mon frère ne connaissait pas les affres de l’infertilité, ma cousine n’avait pas divorcé, mon Grand-Père n’était pas mort de chagrin cinq mois après sa fille.

Je vivais dans un monde simple et propret. Sans chagrin, sans rancoeur, sans douleur, sans colère.

Ma vie d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle d’il y a dix ans. Strictement plus rien.

Je ne veux pas chercher à vous dire que ma vie d’avant ne me manque pas, et encore moins que je trouve l’actuelle parfaite. Vous me connaissez suffisamment.

Il y a des infimes détails qui me manquent. Ma liberté, mon insouciance, mon emploi du temps désorganisé, mon petit cocon douillet, les copains. Il y a surtout des personnes qui me manquent encore plus, tout comme une grosse partie de ma joie de vivre qui s’en est allée avec elles.

Mais j’ai eu la chance de vivre tout ça, et d’en profiter à fond.

Et aujourd’hui, quand je regarde l’homme qui me fait l’honneur de partager ma vie, quand je serre mes enfants contre moi, quand je pense aux projets que nous avons ensemble et qui sont tellement plus enthousiasmants que tous ceux que je pouvais avoir seule, je sais que si c’était à refaire je le referais sans hésiter.

Il faudrait juste que quelque part, au fond de ma mémoire, un petit signal d’alarme se déclenche pour me rappeler de lâcher un peu du lest et de ne pas fixer la barre trop haut. Que ce que je vis en ce moment est difficile, mais que cela cessera un jour.

Que mes enfants et mon Amoureux sont à mes côtés. Et que ça, c’est un trésor inestimable.

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Article publié dans : « Vis ma vie »

16 réponses à “Time”

  1. A la mère si dit :

    Très bel article, vraiment. Qui nous en apprend un peu plus sur ce que tu ressens entre l’avant et après maternité?

  2. profiter de ce qu’on a aujourd’hui parce qu’on ne sait jamais de quoi sera fait.

  3. mamandoudouce dit :

    Comme très souvent, je trouve ton article très beau! Je crois que beaucoup sont « nostalgique » du passé. On ne peut pas revenir dessus mais il faut garder en mémoire tous ces moments, tous ces bons
    souvenirs! La vie nous apporte son lot d’épreuves et il est vrai que ça peut être très dur. Il faut continuer d’avancer tout en gardant en tête tous ces petits boosters et comme tu le dis si bien,
    il faut arrêter de se mettre la pression et de placer la barre trop haut (je sais facile à dire, difficile à faire).
    En tout cas, je pense bien à toi et j’espère que tu vas pouvoir lâcher un peu de leste.
    Gros bisous

  4. coucoumaman dit :

    Oh bah tu vois, je ne savais même pas que t’étais allée toute seule en Inde!
    🙂

    Je suis restée bloquée là. Voyage voyage…

  5. Alice dit :

    C’est beau! et essentiel de se souvenir de qui on était « avant »!
    et comme je suis émue par tes dimanches en famille…

    Profitons, de chaque minute, de nos proches et nos insomnies 🙂

  6. Koxie dit :

    Ce qui fait ce que nous sommes évolue en permanence.Les expériences, les rencontres, les bons comme les mauvais moments nous nourrissent et nous mène là où nous sommes, pas toujours là où l’on
    aurait imaginé, mais toujours quelque part… Carpe diem ! ♥

  7. C’est un bel article
    des bises

  8. Ptisa dit :

    je comprends ce que tu ressens, en fait dans la vie il y a un temps pour tout, mais ça on ne le sait qu’après, alors on regrette. J’espère qu’on saura dire à nos enfants de profiter de leur
    liberté, parce qu’après c’est foutu. Enfin, il ne faut pas leur dire que c’est foutu, il faut leur dire qu’il y aura des priorités et des responsabilités qui les empêcheront de faire ce qu’ils
    veulent et qu’ils seront forcément frustrés. J’ai eu un choc, lundi, en allant à la librairie, en passant dans les rayons je regardais et je suis tombée sur des livres de Jacqueline de Romilly mis
    en évidence, des livres dont le thème était la tragédie grecque. j’ai étudié le grec au lycée pendant 3 ans et ça m’a apporté beaucoup au niveau de la culture, de la curiosité intellectuelle et
    puis c’était très pointu comme enseignement, et difficile : c’était un vrai voyage dans un autre monde. J’ai failli pleurer en voyant ces livres parce qu’aujourd’hui je ne me sens plus la force
    d’en ouvrir un, m’endormant presque tous les soirs sur la même page de romans faciles à lire. Je me dis qu’un jour je serai moins fatiguée, je pourrais plus me concentrer et je pourrai retrouver le
    plaisir de ces lectures et recherches. Aujourd’hui j’ai plutôt l’impression d’être une idiote en les regardant. Un peu comme toi, sportive, comme si on t’avais coupé les jambes. C’est dur des fois,
    ce changement radical de cap. Quand je vois les débats sur la réforme d CP, je me dis que ces mamans on bien du courage, je ne pourrais pas rester à la maison à ne parler qu’à des enfants, même si
    c’est épanouissant à un autre niveau, ma vie « d’avant » me manquerait encore plus !

  9. Maman Crotte dit :

    Tu me fais pleurer 🙁

  10. Maman M. dit :

    Lectrice de l’ombre depuis très longtemps, je me permets aujourd’hui un mot. Parce que je me suis reconnue un peu dans ce post, sans doute.
    On ne se rend compte de ce que l’on perd que quand on l’a perdu. et en même temps, on n’échangerait pour rien au monde ce qu’on vit maintenant!

  11. Marie mon-nid dit :

    J’étais passée à côté de cet article. Et ça aurait été vraiment dommage.
    Ton article est magnifique.
    Je me suis reconnue dans cette jeune fille insouciante, et la nostalgie est montée un peu. Et puis j’ai lu toutes les épreuves que vous traversez, dont je ne connaissais pas tout, et je me suis
    rendue compte que j’avais vraiment une chance folle.
    Et je pense à toi, et j’ai une boule dans la gorge. Heureusement, il a des choses formidables à vivre tout le temps, et ça, sans effacer les épreuves, ça les rend plus supportables…

  12. Je me fais pas rare par plaisir, j’ai plus de pc :/ (cordon alim mort si tu n’as pas vu mon dernier statut) mais je reviendrai 😉

  13. Ptain presque 1 semaine sans ordi, j’en ai marre -_- , paye ton sevrage rrrrr

  14. Bah nan j’écris toujours de mon tel 🙁
    j’ai commandé mon cable ya 1 semaine quoi! Merdeeeeeeee

  15. FleurDeMenthe dit :

    C’est très émouvant, et donne à chacun j’en suis sûre, envie de s’arrêter pour jeter un oeil sur sa vie et la chance que l’on a tous dans certaines choses… J’en suis bousculée…

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