malise
22 avril 2013
La vie des autres

Petite fille, j’ai grandi à la campagne. Il y a quelques années, cela signifiait vraiment quelque chose, grandir à la campagne. Il n’y avait pas autant de routes ni de transports en commun qu’aujourd’hui, et les distractions étaient ni plus ni moins liées à notre environnement : les champs de maïs, les forêts, le terrain de basket ou de foot. Pas de cinéma, pas de shopping dans les magasins, pas de Starbucks. Oui je sais, c’est dingue!

La première fois que je suis allée en ville, je devais avoir seize ans. J’étais au lycée et nous avions prévu d’aller faire un sitting pour manifester contre je ne sais plus quoi. J’ai pris le train toute seule (enfin, je veux dire sans mes parents), et arrivée sur la place où nous devions tous nous retrouver, j’ai tourné sur moi-même et j’ai fait connaissance avec celle qui allait devenir ma ville. Alors j’ai abandonné les autres, et je suis partie me perdre dans les ruelles.

C’est comme ça que tout a commencé, je crois.

Je me souviens de cette sensation étrange que m’a procuré la foule. De m’être sentie à la fois isolée au milieu de tous ces gens qui allaient et venaient dans tous les sens, perdue tant il y avait de monde, et pourtant remplie d’une curiosité pleinement satisfaite. J’étais là, debout au milieu de la rue, à regarder passer et à détailler chaque personne. A essayer de capter des bribes de conversation. A m’intéresser au moindre éclat de rire et à m’interroger sur un visage soucieux ou triste.

Devenue étudiante dans cette même ville qui m’avait prise dans ses filets, j’ai passé des heures à déambuler sur les quais, dans les pentes, dans les quartiers les plus aisés et dans ceux que l’on disait mal-famés. J’en ai exploré les moindres recoins, respiré les odeurs particulières et dépaysantes. Je me suis assise aux terrasses des cafés, pour regarder encore et encore tous ces gens qui ne faisaient que passer, ou qui s’arrêtaient parfois un moment. Ceux qui se pressaient, tête basse, plongés dans leurs pensées. Ceux qui se montraient. Ceux qui s’emportaient. Ceux qui se cachaient. Ceux qui parlaient à leur chien, ou ceux qui parlaient à leur voisin comme à leur chien. Les amoureux sur les bancs publics, ceux qui s’en offusquaient, et ceux qui s’en délectaient.

Toutes ces vies, celles des autres, que je suivais comme sur un écran de cinéma grandeur nature.

Ma ville, j’ai fini par m’y installer. Et en en devenant partie prenante, d’autres habitudes se sont créées. J’ai poursuivi mes errances, et me suis intéressée aux appartements. Je marchais la tête levée vers les immeubles, à la recherche de boiseries, de fenêtres ouvertes sur des intérieurs exposés à la vue de tous. J’admirais les tentures, les hauts plafonds, les décorations que je parvenais à distinguer. J’écoutais les bruits de la ville, les murmures, les cris parfois. Les bébés qui pleuraient, les discussions, les fêtes, les musiques, les rires.

J’étais curieuse de ces histoires, de ces familles cachées derrière les murs. Sans indiscrétion, sans volonté de m’immiscer. Juste pour le plaisir de sentir la vie, et de faire partie de cette fourmilière géante, qui ne s’arrête jamais.

Mon intérêt se limitait au moment présent, à l’aperçu fugace de ce qui avait attiré mon regard. Rentrée chez moi, j’oubliais ce que j’avais vu, et ne gardais que le souvenir d’une balade enchanteresse, un peu comme quand on visite un musée, que l’on s’extasie sur ce que l’on voit, mais qu’on ressort en ayant oublié la plupart des merveilles observées pour ne garder que le goût des découvertes.

Ce charme-là, je le retrouve aujourd’hui en lisant des blogs. Je passe d’une vie à l’autre, d’un récit anecdotique aux photos d’une virée en famille, avec délice. Je me régale de ces intimités qui se créent grâce à ces vies dévoilées, un peu comme je le fais moi-même. Je m’amuse en vivant par procuration les bons moments des autres. Je jubile en lisant des textes merveilleux. J’admire des photos magnifiques. J’éclate de rire devant les récits de quotidiens identiques au mien racontés avec finesse et humour.

Les vies des autres, ce sont souvent des vies dans lesquelles je me retrouve. Qui me rassurent, m’enchantent, satisfont à la fois mon intérêt pour autrui, et mon amour des mots et des images.

Des rencontres inattendues et pourtant pleines de sens.

Des vies qui croisent la mienne, et qui m’apportent tant…

http://d1.img.v4.skyrock.net/8657/83208657/pics/3097927189_1_3_XruXvo4B.jpg

Rendez-vous sur Hellocoton !
badge mapage hellocoton 125x25 white

Article publié dans : « Vis ma vie »

7 réponses à “La vie des autres”

  1. Submarine dit :

    Je suis sous le charme de ton billet. Moi aussi, j’aime lever les yeux pour admirer l’architecture, les fenêtres, les petits détails qui se glissent dans le décors. Pour sentir la vie, tout
    simplement. Tes mots me parlent énormément. Merci pour ce beau partage !

  2. Angel dit :

    Très bel article. Je me suis vue déambulant avec toi dans les rues, admirant, imaginant ces vies cachées derrière ces fenêtres, ces portes. Merci pour ce voyage.
    Et c’est vrai que lire les blogs des autres est un peu comme aller à la rencontre d’autres lieux, d’autres horizons. On apprend à connaître les autres au travers de leurs récits. Encore merci de la
    justesse de tes mots. Bisous

  3. lili dit :

    Tiens pour une fois je ne me retrouve pas! j’ai horreur de la ville!! la seule que j’ai adoré était new York, électrisante.
    En fait si je deteste cela, c’est parce que celle à côté (Marseille) est sale, et je peux le dire mal fréquentée…
    Par contre ce que tu décris à regarder les passants pour découvrir une partie de leur vie, je l’ai souvent fait 😉

  4. c’est joliment dit. ayant grandi en ville, je ne m’intéressait pas comme à tout ce qui m’entourait. maintenant que j’habite à la campagne j’apprends à dire bonjour aux gens que je croise, à papoter
    avec les voisins, c’est pas dans ma nature mais j’ai bon espoir :-).
    quant aux blogs, c’est ma petite pause à moi, un papotage entre copines 🙂 même si pour le moment, je me sens moins proche de la blogo qu’avant, l’impression d’être moins intéressante, de ne plus
    appartenir à cet univers.

  5. coucoumaman dit :

    Hahaha, tu me fais trop rire là!
    Bon, va falloir poser des ptits rideaux sur ton écran d’ordi, curieuse 🙂

  6. Maman Patate dit :

    Très bel article. C’est vrai que quand on vient de la campagne, la ville est tellement riche ! Et les blogs sont aussi une belle façon de voyager et d’entrer dans la vie des gens.
    As-tu déjà songé à écrire un livre ? Sérieusement, ta plume, ta façon de nous amener dans ton univers et la conclusion de tes articles, j’aime vraiment beaucoup !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *