malise
23 mai 2013
L’arrivée du deuxième enfant

Quand nous avons décidé de donner un petit frère ou une petite soeur à Loulou, il n’avait même pas seize mois. A l’époque il commençait à peine à marcher vraiment tout seul, et il n’avait que quelques mots à son vocabulaire. Il était le centre de notre vie, et je l’aimais d’un amour tellement intense que j’en étais transportée. Il était mon rayon de soleil. Il me fascinait.

Pourtant, je n’ai jamais eu la crainte de ne pas pouvoir aimer un autre enfant autant que lui. Je ne crois même pas m’être posé la question à vrai dire. Ma crainte, mon sujet d’inquiétude le plus important, était de rater des moments de son enfance en ayant la charge d’un autre enfant. J’avais peur de ne pas le voir grandir, de passer à côté de lui et de ces moments magiques que sont tous les petits et grands progrès d’un bébé qui devient autonome.

J’étais consciente de cela, et prête à tout pour l’éviter.

Pourtant, ma seconde grossesse a fait que les choses ne se sont pas déroulées comme je l’aurais souhaité. Très vite, une fatigue intense s’est fait ressentir, et mon Amoureux a du prendre mon relais pour que je puisse me reposer. Petit à petit, les appels de la nuit ont été destinés au Papa, et non plus à moi comme cela avait toujours été le cas. J’en ai été très frustrée, très triste.

Mon petit dont j’étais jusque là le centre de l’univers me rejetait.

Je ne pense pas que ma grossesse était en cause alors. Il était bien trop petit pour comprendre ce chamboulement futur que nous lui avions pourtant expliqué. Il voyait mon ventre s’arrondir, mais je suis sûre que c’était quelque chose de trop abstrait pour lui pour qu’il puisse m’en vouloir de quelque manière.

C’est juste que j’étais moins disponible. Bien malgré moi, mon attention était centrée sur mon nombril, et sur ce qui se tramait juste en dessous. Sur ma petite qui poussait tranquillement et sur ses mouvements qui me captivaient complètement.
Papa lui, était là à 100%. Il n’était pas fatigué, ou malade. Il était disponible pour les jeux, pour se lever la nuit. Il n’était pas à fleur de peau. Lui aussi vivait cette seconde grossesse avec joie, mais elle ne l’accaparait pas autant que moi…

C’est comme cela que nous nous sommes éloignés, mais je ne m’en suis pas rendue compte, prise dans ce tourbillon qu’est l’attente de la naissance.

Et Loulette est arrivée.

Je ne sais pas à quel point notre tout petit de vingt-cinq mois a été chamboulé. Il n’y a pas eu d’avantage de réveils nocturnes, pas de grève des repas, pas de crises incompréhensibles. Il a cessé d’être propre pendant un certain temps, mais les choses sont revenues à la normale assez rapidement.

Pourtant, il regardait cette petite chose qu’on lui présentait comme sa soeur d’un regard étrange. A la fois interloqué et curieux. Parfois un peu dégoûte, aussi. Il s’approchait rarement d’elle, refusait de la toucher, et fuyait l’appareil photo dès que nous voulions les mettre côte à côte. Il parlait rarement d’elle, ne posait pas de questions.

Moi, j’étais je l’avoue dans mon petit monde avec ma bébée toute neuve, et tellement en demande. L’allaitement faisait que je ne répondais jamais sur le champ aux attentes de mon aîné. Le manque de sommeil me rendait moins tolérante avec lui, plus dure, plus intransigeante.

Il était encore tout petit, et déjà je le traitais comme un grand…

Je continuais à admirer ses transformations, à m’émerveiller de ses changements. De son vocabulaire et de sa façon de parler tellement mature pour un enfant de son âge. De sa capacité à comprendre les choses, et à les interpréter avec justesse. De son calme et de son apparente sérénité. Tout en gardant un oeil sur sa petite soeur, qui restait le centre de mes pensées.

Les choses se sont installées ainsi. Il y avait deux couples à la maison. Celui des filles, et celui des garçons.

Bien entendu, avec le temps nous avons mis en place de nouvelles routines pour essayer de défaire ces duos. Des couchers alternés, des moments privilégiés avec l’un ou l’autre. Sans grand succès il faut l’avouer.

Aujourd’hui que Loulette a vingt-deux mois, je mesure l’importance de ce que j’ai pu rater, moi qui désirais justement le contraire. Je vois ses progrès à elle, et j’ai du mal à me souvenir que son frère est lui aussi passé par là, il n’y a pourtant pas si longtemps. Tout simplement parce que je ne lui ai pas accordé toute l’attention que j’aurais souhaitée pour lui.

Il y a peu, quelqu’un me demandait si Loulou était jaloux de sa soeur. Je n’ai pas su répondre. Ils se chamaillent, il la cherche en permanence, la bouscule volontiers, la tape même parfois. Mais rien d’anormal à mon sens. Et d’ailleurs elle le lui rend bien.

Pourtant, quelque part, je me demande si ses réactions ne sont pas juste le reflet d’un sentiment beaucoup plus fort. Peut-il s’imaginer à son âge que sa soeur lui vole sa Maman?

Je ne regrette pas notre décision d’avoir deux enfants. Jamais. Et les voir tous les deux chaque jour, leurs éclats de rire, leurs jeux, leur complicité, me confortent encore plus.

Ce n’est pas toujours facile, c’est même tout le contraire à vrai dire. Mais que c’est bon de les avoir là, tous les deux!

Malheureusement, j’aurai toujours ce petit pincement au coeur, cette impression d’avoir raté quelque chose.

Alors, si vous me lisez et que vous allez être Maman pour la deuxième fois, essayez de ne pas oublier dans votre bonheur que vous avez un premier tout-petit qui grandit à vos côtés, et qu’il ne vous attend pas pour le faire…

Naissance Loulette

Loulette, 1 jour, et Loulou, 25 mois…

Rendez-vous sur Hellocoton !
badge mapage hellocoton 125x25 white

Article publié dans : « Grossesse etc … »

14 réponses à “L’arrivée du deuxième enfant”

  1. Soma dit :

    Très sensible à ton témoignage.
    Mon fils a 10 jours & déjà, je ne suis là que pour lui… mon mari gérant ma fille qd il est là, sinon c’est la nounou…
    J’essaie de m’arrêter sur elle, de lui porter de l’attention, ms je sens qu’elle me cherche un peu, ms me délaisse également.
    J’espère que nous trouverons rapidement un rythme pour ne pas laisser filer le temps.

  2. Mam'aParis dit :

    J’aime car c’est plein de sincérité! Ca fait du bien.

  3. Ptisa dit :

    tout change avec l’arrivée du 2ème : le 1er ne doit pas se faire piquer sa place et le 2ème doit trouver la sienne. les chamailleries ne me gênent pas non plus, ce sera comme ça et puis c’est tout.
    Violette préfère son papa (il paraît que quand elle est seule avec lui elle réclame maman) c’est peut être parce qu’il a été en congé parental avec elle sa première année. Pour Nelly c’est moi, on
    verra si l’attachement se fait de la même manière. Pour éviter d’avoir à zapper « Violette » je n’ai pas souhaiter allaiter Nelly (de toute façon l’allaitement de Vio avait été une cata, je ne
    voulais pas recommencer). J’essaie de faire des trucs « à part » avec Vio, mais c’est pas simple. Je la prends en photo quand je lui fait des maquillages ou qu’elle se déguise, sa soeur est
    spectateur uniquement. L’autre jour pendant que je cousais une robe à Vio la petite a fait sa jalouse à demander tout le temps les bras et à tirer sur le tissu pour m’empêcher de travailler ! le
    monde à l’envers de ce qu’on croit, quoi !

  4. mamandoudouce dit :

    Je n’ai qu’un enfant donc je ne peux pas me mettre à ta place mais je pense que chaque parent essaie de faire le mieux pour son enfant mais on se rend compte que parfois on passe à côté de
    certaines choses. Cela ne doit pas toujours être facile. En tout cas, bravo pour ta sincérité!

  5. Je vais te dire quelque chose mais ta complicité avec Loulette se ressent très fort dans tes écrits. Tu parles beaucoup moins naturellement de ton Loulou, peut être que t’empêches aussi un peu d’en
    parler parce qu’il est plus grand et que les souvenirs sont un peu plus lointains. Après qu’il soit proche de son papa et ta fille proche de toi je ne trouve pas que ça soit vraiment un problème,
    le tout c’est que ça ne soit pas exclusif. J’aime bien lire chez toi ce qu’on ose pas dire ailleurs.

  6. Ici aussi il y avait très souvent les filles d’un côté, les garçons de l’autre (pourtant Miss est l’aînée), plus liées à des préférences de la part des enfants, et surtout des ressemblances de
    caractère je pense, et du laisser-faire de notre part. Depuis que j’ai su « m’imposer » davantage auprès de Bonhomme, il est moins exclusif avec son père, et ça me fait bien plaisir. Il a même
    demandé à ce que ce soit MOI qui le couche l’autre soir (chose impensable il y a encore peu…)

  7. minouchkaïa dit :

    c’est drôle, j’ai eu l’impression de vivre un peu le contraire, et avec le souci constant de ne pas « délaisser » l’âinée, je pense que je me suis bcp moins investie avec la deuxième, qui finalement,
    après une grossesse passée à vitesse de l’éclair et sans grand égards pour elle, est passée souvent après sa soeur et a du attendre son tour plus d’une fois, occupée que j’étais à rhabiller la
    grande, ou lui moucher le nez, l’essuyer ou lui lire une histoire. Mais je n’ai pas l’impression que ça ait été un problème, et valoriser ce que ma grande pouvait ou savait faire que sa petite
    soeur ne savait pas encore, ça a été très gratifiant et responsabilisant pour elle, et ne l’a pas empêché de câliner sa petite soeur, au contraire. Et paradoxalement, j’ai le sentiment d’avoir vécu
    à fond, et c’est toujours le cas, les premiers mois de ma deuz, dans l’instant présent, heureuse de ce que je vivais alors qu’avec la première, je n’avais qu’une hâte, c’était qu’elle soit grande
    et autonome, j’ai détesté (le mot est faible) ses premiers mois à elle. Bien sûr, elle a souvent réclamé (exigé à grands cris) du temps pour elle dans les moments où elle me voyait m’occuper du
    bébé, et j’ai souvent cédé, par fatigue, en délégant au papa les soins de la petite lorsqu’il fallait gérer les deux en même temps (bain etc…). Puis c’est passé, et maintenant elles jouent de
    plus en plus ensemble, même si ce n’est que le début. Je crois que les deux sont plus proches de moi que de leur père mais elles sont encore petites. Mais ton exemple me confirme la théorie selon
    laquelle le premier enfant est celui du père et le second celui de la mère (le troiz est un electron libre, puis à nouveau le 4ème celui du père et ainsi de suite…Une précision, cette théorie
    prend en compte tous les enfants « conçus », IVG ou fausse couche incluses…pour mes enfants, dans ma famille, chez mes amis, ça marche toujours (quand ça bug, suffit de demander à la mère, et tu
    apprends qu’il y a eu fausse couche entre deux par exemple…c’est bluffant, essaie!) Bref, de toutes façons on les aime autant, mais différemment, et on a le droit, heureusement!

  8. Je me retrouve dans ton histoire. Je retrouve Titinou dans loulou et Grabouillette dans loulette. Titinou a longtemps ignoré sa soeur. D’ailleurs au début je disais sans arrêt « elle ne l’aime pas ».
    En même temps, elle ne s’intéressait pas aux autres bébés avant mon accouchement. Aujourd’hui ça va mieux mais elle continue de lui en faire baver de temps en temps.

  9. En fait, tu réponds à mes interrogations sur moi même…. x) hier soir, j’ai écrit un billet sur le devenir de grand frère de mon petit grand (de 20mois) (jte donne le lien, si tu veux jeter un
    coup d’oeil : http://revesdebulle.blogspot.fr/2013/05/parce-que-devenir-grand-frere-ca-pas.html )

    J’ai la chance de ne pas avoir une grossesse fatigante, sauf les premiers mois, ce qui fait que c’est toujours moi qu’il appelle la nuit, même s’il s’est beaucoup rapproché de son papa ces derniers
    temps.
    J’espère que j’arriverais à ne pas rater les progrès de mon grand, j’espère ne pas le faire grandir trop vite. Mais ça m’angoisse. Ca m’angoisse de me dire que peut être dans 1 an, je me dirais que
    j’ai raté des choses avec lui…

    Je te souhaite beaucoup d’amour avec tes deux titous ♥

  10. Maman Patate dit :

    L’arrivée du deuxième enfant n’est pas facile et je dis toujours que ce n’est pas le premier qui chamboule une famille, c’est le deuxième !
    Le premier, c’est un peu le centre du foyer, papa et maman sont toujours dispo pour lui.
    alors, l’arrivée d’un autre enfant chamboule tout, la routine, les habitudes qu’on avait installés.
    La première année est la plus difficile je trouve, justement parce qu’un tout petit demande beaucoup de temps et d’attention.
    Et on fait toutes plus ou moins les mêmes « erreurs » parce qu’on a aussi conscience qu’un bébé grandit trop vit et on a envie de profiter de ce petit être, de notre allaitement quand c’est le
    cas.
    Je suis sure qu’il ne t’en veux pas, l’important est de lui montrer l’amour que tu lui portes et de continuer à te remettre parfois en question, c’est ça qui nous fait avancer dans la vie 🙂

  11. Maman Taupe dit :

    C’est touchant ton article, et très lucide. Pas évident de s’avouer ces choses en tant que maman. Et c’est drôle parce que ta réflexion est exactement celle que je me fais. Parce que j’ai envie de
    profiter de chaque instant de son évolution, d’être aux premières loges pour tous ses progrès, je ne veux pas d’un deuxième maintenant. Idéalement, c’est lorsqu’elle aura 4, 5 ans que j’envisagerai
    de lui donner un petit frère ou une petite soeur… Après on verra bien, la vie est pleine de surprise 😉

  12. petitdiable dit :

    Pas facile, les enfants rapprochés…

  13. Active Mum dit :

    Effectivement ce n’est pas toujours simple… les miens ont tout juste 26 mois d’écart… j’ai un peu la hantise quand je sais que la Padre va rentrer bien après le coucher du plus grand… qui
    m’en fait voir de toutes les couleurs… il ya des bons moments… mais aussi des pas faciles… courage et patience je me dis !!!!
    et surtout moi aussi j’ai envie de profiter de tout !!! j’ai l’impression que je passe à côté du p’tit dernier… il n’a qu’un mois et demi… j’ai le temps de rettraper tout ça !

  14. Comme je te comprends. Moi, pour éviter justement çà, j’ai eu ma petite fille quand son frère avait 3 ans et demie. Moi, c’était le contraire, j’étais tellement focalisée sur l’aîné que j’ai
    l’impression d’avoir un peu raté ma seconde grossesse, et même les premiers mois de la vie de ma petite fille. Je culpabilisais par rapport à mon aîné et délaissais un peu ma petite puce. Je me
    suis reprise à temps, mais c’est vrai que même si je ne regrette rien, j’ai toujours un petit pincement au coeur en pensant à mes quelques actes ratés. Mais c’est çà être maman je crois, on est des
    êtres humains et on ne peut pas être partout à la fois. On accepte nos faiblesses et on aime les enfants de tout notre coeur, c’est tout. Bises.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *