malise
12 septembre 2013
Le petit bonhomme qui croyait être un homme

4 ans… L’âge de la démesure, l’âge de la déraison, l’âge des excès. Débordements de tendresse, amoncellement de questions plus ou moins existentielles, ivresse des connaissances, sentiments exacerbés, rages incontrôlées (et incontrôlables).

4 ans… Cet âge qui fait passer le désormais fameux « terrible two » pour une vaste mascarade.

Notre grand garçon, tellement charmeur, tellement sensible, peut être tour à tour incroyablement adorable, puis juste parfaitement détestable. Il y a rarement de juste milieu, il est dans la période du tout ou rien. Il nous bouscule en permanence, nous pousse dans nos retranchements, cherche nos limites et les trouve hélas de plus en plus vite.

Voilà des mois déjà que nous essayons de mettre des mots sur son comportement, qui nous perturbe et nous rend malheureux.

Disons les choses telles qu’elles sont : nous n’en pouvons plus!

Loulou n’est plus un chouineur, quoiqu’il ait tout de même bien du mal à s’exprimer autrement qu’en gémissant/pleurnichant quand tout ne va pas comme il veut ou quand il est fatigué.

Rien n’a réellement changé depuis ce billet-là, lorsqu’il avait 3 ans 1/2. Je ne saurais dire si la situation a empiré, ses débordements se manifestent juste peut-être de manière différente.

Maintenant qu’il maîtrise parfaitement son corps, qu’il sait faire tant de choses tout seul, qu’il a une compréhension et une réflexion tellement fines que ses réparties nous laissent souvent pantois, il nous montre clairement que son souhait le plus cher serait de s’affranchir de nos ordres ou de nos recommandations.

A ce stade-là, ce n’est plus d’écoute sélective dont je vous parle. Je crois qu’il devient sourd dès que le son de notre voix atteint le pavillon de son oreille. Quelle que soit l’intensité que nous mettions dans nos propos.

Il faut l’appeler, répéter, inlassablement. Gronder, punir, encore et encore. Si on lui demande de ne pas faire quelque chose, vous pouvez être sûr qu’il le fera dans la seconde qui suit, avec un grand sourire. Il pousse tant qu’il peut, tant qu’il voit qu’on ne plie pas. Et quand l’explosion survient, immanquablement, c’est tout juste s’il n’éclate pas de rire. Alors certes, il lâche quelques cris ou quelques pleurs, histoire de nous montrer que nous sommes quand même de vrais bourreaux d’enfants, mais il se retourne aussitôt pour repartir dans le même délire que celui qui avait provoqué notre colère.

Pas un jour, pas une soirée sans cris, sans hurlements, sans emportements de sa part ou de la nôtre. Parfois, nous avons l’impression que c’est juste ce qu’il cherche, nous voir sortir de nos gonds.

Lorsque je le récupère à l’école le soir, j’ai droit à plein de compliments sur son comportement. Tellement calme, patient, abordable, à l’écoute, sociable, attentionné, obéissant. Tellement parfait, ce petit garçon-là.
Êtes-vous sûre que c’est bien de lui dont vous me parlez, chère Madame, car voyez-vous je ne reconnais guère mon fils dans celui que vous me décrivez ?!

Sitôt la porte franchie, le monstre est lâché. Et comme il entraîne sa groupie avec lui, nous nous retrouvons très rapidement avec deux loustics déchaînés, qui bousculent tout, retournent la maison, se courent après puis se disputent. Le moindre moment d’inattention sert de tremplin à leur imagination débordante et bien souvent dévastatrice. Alors nous réclamons le calme, puis nous crions, puis nous hurlons, et nous nous transformons en monstres à notre tour. En parents dépassés qui ne savent plus agir autrement qu’en réprimant.

Notre petit loup ne sait pas gérer ses émotions. Passé un stade, il ne contrôle plus rien, ne connaît plus de limites, n’habite quasiment plus son corps. Il nous faut beaucoup de temps et de patience pour le ramener à lui, mais de tout cela nous n’avons plus guère. Il nous grignote petit à petit.

Sa soeur, notre 2 ans, essaie de temps en temps de manifester elle aussi son tempérament. Elle réplique, oeil pour oeil, dent pour dent. Elle n’est pas la dernière à avoir des idées pour nous faire tourner en bourriques. Parfois même, elle ose se rebeller, nous tourner le dos et pleurer de frustration.
Mais que peut-elle faire face à son aîné qui tient toute la place ? Qui se met en transe s’il n’est pas le premier à se servir dans le placard ou dans le frigo / finir son assiette / prendre sa douche / se brosser les dents, etc, etc. « Loulou il pleure », « Loulou il est puni », « Maman elle a grondé Loulou ». Oui ma Bichette, tout ça, et bien plus encore.

Vous parlerai-je de la propreté ? Non, pas aujourd’hui. Pas cela en plus.

Hier, Loulou et moi sommes allés voir une gentille Dame, pour que Loulou puisse exprimer tout ce qu’il garde bien caché au fond de lui, et que nous ne parvenons pas à lui faire dire. J’ai beaucoup pleuré, j’en suis ressortie épuisée. Lui a tranquillement, calmement joué, souri, répondu bien poliment.

A un moment, elle lui a parlé des couchers, interminables. Elle lui a réexpliqué ce que nous lui avons déjà dit des dizaines de fois. Que lorsqu’il est couché il doit nous laisser vivre notre vie de parents, au lieu de nous réclamer sans cesse. Qu’il est trop petit pour décider de certaines choses.

Il s’est arrêté de jouer pour la regarder bien en face, et il lui a répondu : « Non tu sais, c’est pas les parents qui décident quand je dois me coucher! Voilà, caca boudin! »

Tout était dit.

4-ans-copie-1.jpg

Rendez-vous sur Hellocoton !
badge mapage hellocoton 125x25 white

Article publié dans : « Loulou des bois »

14 réponses à “Le petit bonhomme qui croyait être un homme”

  1. ptisa dit :

    tu dis qu’il ne sait pas gérer ses émotions, mais apparemment, à l’école tout se passe bien. Tu devrais essayer de les séparer : 1 de vous va chercher loulette, la ramène à la maison lui donne le
    bain et prépare le repas pendant que l’autre va chercher loulou l’emmène faire une course et rentre pour le repas : je pense que ça leur fait du bien à tous les 2 d’être au centre sans avoir à
    partager.

  2. oh ma pauvre, ça doit pas être facile à gérer tout ça!

  3. mamandoudouce dit :

    Pas évident à gérer… Je pense que le fait de voir « la gentille dame » va l’aider. Il faut qu’il arrive à s’exprimer différemment et à mettre des mots? C’est arrivé à quelqu’un de mon entourage et
    la situation s’est très vite améliorée et apaisée donc je te souhaite la même chose.
    J’avoue, j’ai ri pour « le caca boudin » lol

  4. Alice dit :

    Ho la la le tien aussi est bien corsé!
    Le mien n’a même pas la finesse de jouer le jeu de l’enfant poli devant une tierce personne si nous, parents, sommes dans les parages.
    Ils se ressemblent beaucoup nos petits, sauf que le notre nous fout la paix une fois couché.

  5. Alice dit :

    PS: et donc, pas conséquent, il se (on le) couche de plus en plus tôt!!

  6. pauline k dit :

    J’ai l’impression qu’on vit vraiment la même chose… Quand tu parles de ton loulou, c’est du mien que tu parles aussi. Je sais ce que tu ressens, tu es à bout.
    On a consulté en juin dernier. Il est allé 2x tout seul. Je ne sais pas vraiment si ca lui a fait du bien mais à moi certainement. J’ai compris certaines choses. Et pendant les vacances, j’ai
    repris le « pouvoir », je ne pouvais pas continuellement crier et m’énerver sur lui. On peut en parler par mail si tu veux. Je t’embrasse.

  7. la carne dit :

    Nous avons été à bout avec notre 8 ans, quand il en avait 6 et demi… nous sommes aussi allés voir une « gentille dame » plusieurs fois. Les choses se sont apaisées. nous avons compris certaines
    choses aussi. le lendemain de notre 1er RV, au petit dej, un moment pour une fois calme, on a parlé aux enfants. On leur a dit que les choses allaient changer. Que les règles étaient fixées par
    nous les parents. qu’on interdisait telle et telle chose… dans les faits, que des choses que nous avions déjà dites, par petits morceaux… mais là, le ton solennel, le ton de la voix, les
    circonstances (on avait vu la gentille dame la veille) ont fait qu’il y a eu du mieux quasiment instantanément. Mais nous avons encore bien trop souvent le sentiment qu’il ne sait se contrôler. Il
    peut être très agressif. j’en parlerai bientôt. Et je suis encore souvent bien trop à bout… plein de courage!!

  8. isalouise2012 dit :

    OLALA comme ton récit me parle, si tu savais à quel point!! j’ai le même à la maison, du même âge, qui est un ange à l’école et chez les gds parents et qui décompresse et se lâche (si on peut
    appeler ça comme ça!) à la maison en alternant caprices et pleurs incessants pour des détails…j’ai l’impression que la fatigue joue un rôle très important…bref tout ça pour dire que je te
    comprends à 100% et que je te dis BON COURAGE! RESTE FORTE!bisous!

  9. missbrownie dit :

    Ton texte me rappelle T-Biscuit petit, sauf que je n’ai jamais réussi à franchir le cap de l’emmener voir quelqu’un pour parler …

  10. edith dit :

    et bien moi aussi ton fils me fait penser à mon grand de presque 9 ans! Parfait et calme à l’école, chez la nounou, aux anniversaires chez les copains de classe, que des éloges lorsque je viens le
    récupérer et pourtant hyperactif, souvent incontrolable à la maison…nous aussi l’avons emmené voir une gentille dame quand il avait 6 ans…mais je n’ai pas vu de changement…je dirais qu’il a
    des phases un peu « plus faciles » et d’autres plus dures…il faut toujours qu’il nous pousse à bout, qu’il embete son frère, c’est plus fort que lui! il n’écoute jamais, nous répond avec insolence
    dans le ton, n’en fait qu’à sa tête et moi je cri, sors de mes gonds et fini par dire des choses que je regrette…et c’est aussi un hypersensible, un passionné, un enfant un peu précoce…bref
    c’est difficile! Par contre les couchés se sont toujours bien passés ici…bon courage!

  11. NiouzMum dit :

    Depuis que tu as publié ce billet je n’arrête pas d’y revenir en imaginant quoi commenter … Je pourrais en écrire des pages et des pages … ton Loulou est un concentré des miens, de mon minilui
    de 4,5 ans par certains aspects liés à l’âge, et de mon Zébulon par le caractère … C’est dur, très dur, et je compatis ô combien avec ce que vous vivez … (Et l’un qui entraîne l’autre c’est le
    summum ;p)

  12. la carne dit :

    plein de parents sont à bout, un peu, ou beaucoup… heureusement, de plus en plus osent le dire! 🙂

  13. missbrownie dit :

    J’ai trouvé ce billet sur mon 1er blog qui donne un peu le ton des 4 ans de T-Biscuit 😉

    http://doudouxcie.hautetfort.com/archive/2008/05/29/caprices.html

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *