malise
19 septembre 2013
Burn-out, à perdre la raison …

 

Devenir Maman, devenir Papa. Etre parents.

 

Derrière ces mots et la simplicité apparente de leur signification se cache une réalité toute autre. Malgré tout le désir que l’on peut avoir à fonder une famille, l’arrivée des enfants est un
bouleversement auquel on ne peut pas se préparer.

 

On sait tous, parce qu’on en entend suffisamment parler, que les premiers mois avec un bébé sont difficiles. Qu’ils chamboulent nos repères, malmènent nos habitudes. Que la fatigue est tellement
prégnante que plus rien ne compte à part les quelques minutes de sommeil que l’on va pouvoir grappiller de-ci de-là. On regarde notre merveille, on s’extasie de sa joliesse, de ses progrès, de sa
précocité. On est heureux au-delà des mots, au-delà de ce que l’on pensait possible.

 

Mais, déjà, une question se fait insidieuse : « Et moi, que suis-je au milieu de tout cela ? »

 

Parce qu’un tout petit demande tellement d’attention et de présence que plus rien ne compte à part lui.

 

On attend patiemment qu’il grandisse. On laisse le temps au temps en se disant que ce n’est qu’une période, et qu’il faut en profiter parce que cela passe vite.

 

Mais en réalité, rien ne change vraiment. Un enfant qui grandit ne demande pas moins de présence. Il a besoin que nous soyons à ses côtés pour lui assurer une stabilité affective. Pour l’aider à
pousser sereinement et harmonieusement. Pour le surveiller, aussi, quand il commence à acquérir une certaine autonomie dans ses déplacements.

 

« Et moi, que suis-je au milieu de tout cela ? ». Rien ne change.

 

J’ai très mal vécu la petite enfance de Loulou. Très mal. Je n’avais pas imaginé tout cela en désirant cet enfant. Je savais bien, pour avoir été une enfant puis une adolescente assez tourmentée,
que tout n’est pas toujours rose dans la relation enfant-parents. Mais je ne savais pas tout le reste. Je n’aurais jamais cru, qu’au delà de devoir trouver ma place en tant que Maman, il faudrait
que je trouve une place nouvelle en tant qu’adulte devenue Maman, et en tant que femme qui a eu un enfant.

 

Je ne me reconnaissais plus, je n’arrivais pas à être autre chose qu’une Maman. Mon univers tournait autour de ce bébé, et plus rien d’autre ne comptait. « JE » ne comptait plus. « NOUS » ne comptait
plus. Et loin de me satisfaire, la compréhension de cet état de fait et de mon incapacité à réagir autrement me minait encore plus.

 

J’en voulais à mon fils de ne pas me laisser le temps de vivre ma vie sans lui. Je lui en voulais aussi d’être à l’origine des disputes qui ébranlaient mon couple. Je l’aimais tellement fort, et
pourtant cet amour ne m’empêchait pas de regretter ma vie d’avant, si insouciante, si tournée sur moi-même.

 

J’avais l’impression de n’être plus que cela : une Mère, et dans les pires moments, une bonne à tout faire. Plus de sorties, plus d’amis, plus de complicité amoureuse. Etait-ce donc cela, avoir
un enfant ? Un sacrifice ?

 

Je suis allée très très loin au fond du trou. J’ai déversé des torrents de larme. Il y avait en moi ce bonheur d’avoir mon fils, et cette douleur de ne plus exister que pour lui.

 

A l’époque, mon Amoureux ne comprenait pas réellement mon état d’esprit, mais s’efforçait chaque jour de me pousser à exprimer ce qui n’allait pas. Mais comment lui dire quelque chose que je ne
comprenais pas forcément ? Ces mots que je pose aujourd’hui, seul le recul me permet de les exprimer. Avant, je me disais juste que je n’étais pas une bonne Mère, que je n’arrivais pas à
concilier une vie professionnelle qui ne me satisfaisait pas et une vie familiale remplie uniquement de contraintes. Tout me pesait, sans comprendre pourquoi puisque j’étais censée être comblée.

 

Assez bizarrement, c’est ma nouvelle grossesse qui m’a redonné de l’élan. De nouveaux projets, une autre chose sur laquelle fixer mon intérêt. J’ai découvert que mon horizon pouvait s’élargir
sans que mon fils en pâtisse, que je pouvais être présente sans être omniprésente. J’ai laissé son Père prendre sa place, jouer son rôle, ce que je l’empêchais inconsciemment de faire jusque là.

 

Nous avons trouvé notre équilibre.

 

Avec ma fille, je ne sais pas pourquoi, je n’ai jamais ressenti cette souffrance-là. Peut-être parce qu’elle était notre 2ème enfant, et que j’avais déjà acquis que je devrais de nouveau
m’oublier un certain temps. Parce que, sans doute, j’avais pris du recul et fait passer au second plan mes envies égoïstes. Et puis aussi parce que mon Amoureux était là, que je n’étais pas la
seule à souffrir de tout cela, lui qui éprouvait les mêmes choses et avait les mêmes besoins que moi.

 

Les enfants ont aujourd’hui 4 et 2 ans, et il n’est pas rare que je réagisse avec colère à leur despotisme. Nous sommes là pour eux en permanence, nous faisons tout notre possible pour jouer avec
eux, répondre à leurs demandes incessantes, les élever dans la douceur tout en fixant des limites nécessaires.  Et nos petits tyrans veillent régulièrement à les repousser, soyez-en sûr!

 

Je me pose beaucoup de questions sur ma façon d’être leur Maman. Je ne réagis pas toujours comme je le souhaiterais, loin s’en faut, mais je ne suis pas surhumaine. Je fais de mon mieux, tout en
faisant des erreurs. J’essaie de progresser, et je suis persuadée désormais que cela passe aussi par mon bien-être.

 

Etre une meilleure Mère, parce que je ne suis pas qu’une Mère et que je vis aussi pour moi.

 

Je tâtonne, j’avance, j’apprends, mais que je trouve ça dur!

 

Mardi soir était un de ces soirs de notre nouvelle vie de Parents. Mon Amoureux n’était pas là, et le coucher a été particulièrement difficile, comme tous les couchers hélas. A 21 heures 30, je
me suis posée épuisée devant la télé et j’ai commencé à regarder un film dont je ne connaissais que le titre : « A perdre la raison ».

Quel choc que cette histoire tirée de faits réels! Le récit d’un burn-out, d’une vraie dépression qui tourne au cauchemar. J’ai lu beaucoup de critiques à ce sujet depuis, notamment sur l’intérêt
de mettre sur grand écran un fait divers aussi tragique, aussi intime. Le sujet est grave, et heureusement peu répandu.

Mais laquelle d’entre nous peut en toute franchise répondre ne jamais avoir ressenti ce débordement, ce trop plein qui donne envie de tout laisser tomber ? Pas au point de commettre
l’irréparable, bien entendu. Dans le film, les circonstances particulièrement nocives et peu communes qui ont poussé à l’acte final sont très bien décrites.

 

Parfois, je n’ai pas envie de rentrer chez moi. Parfois, j’angoisse à l’idée de devoir les gérer seule. Souvent, le soir, nous nous retrouvons échevelés avec mon Amoureux, dégoutés d’avoir eu à
gérer un énième coucher dans les cris.

 

Je ne sais plus pourquoi je voulais vous raconter tout cela. Sans doute parce que ce film m’a beaucoup touchée, et que je me suis reconnue dans cette jeune femme débordée par sa condition de
Maman. Comme nous le sommes toutes à un moment ou un autre.

 

Je ne regrette pas d’avoir mes enfants. Mais je regrette souvent qu’on ne m’ait pas donné leur mode d’emploi …

 

P.S. : et pour parler de choses plus futiles mais néanmoins nécessaires, je vous rappelle qu’il y a toujours un pot Pourty à gagner par ici!

 

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Merci à Nathalie Jomard pour ces dessins,

qui illustrent tellement bien la réalité …

 

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Burn-out, à perdre la raison …:
 

Devenir Maman, devenir Papa. Etre parents.

 

Derrière ces mots et l …

17 réponses à “Burn-out, à perdre la raison …”

  1. je crois qu’on a toutes nos moments « burn out »

  2. A la mère si dit :

    Aaaah, ce sont toutes ces questions que je me pose en ce moment… J’ai l’impression d’être un peu trop souvent une mère qui repousse les limites de la fatigue et rien d’autre. Cette période de
    flou je l’avais aussi connue avec Plume, au cours de sa 2 ème année, comme pour Plumeau aujourd’hui. Une période où j’ai moins besoin de fusion et davantage envie de vivre pour moi ou pour mon
    couple. Et puis l’impression de ne pas toujours être à la hauteur… Mais on s’impose beaucoup de choses aussi en tant que maman, c’est un rôle hyper exigeant bien qu’épanouissant. J’ai beaucoup
    aimé ton article, qui n’a fait qu’appuyer ce que j’ai décrit dans mon dernier billet aussi.

  3. Je crois que beaucoup de mamans se reconnaitront dans tes lignes malise.
    Trouver sa place dans son couple, dans sa vie de femme, dans sa vie professionnelle, quand on est maman, c’est difficile. Parce que ce petit etre que nous avons porte pendant 9 mois devient vite le
    centre de notre vie. Penser a nous devient accessoire et pourtant c’est en pensant a nous aussi que l’equilibre peut etre maintenu.

    Grosses bises et belle soiree a vous 4.

  4. Ptisa dit :

    je ressens comme toi, sauf que mon mari aussi et que si ça nous soulage moralement de savoir que le travail est partagé ne n’en sommes pas moins épuisés ! la seule chose qui peut nous faire tenir
    le coup c’est de savoir que ça va s’arrêter à un moment : moins dans les bras, gestion du sommeil, plus de couches, ils apprennent à s’habiller seuls, à se laver seuls etc etc au fur et à mesure.
    Je suis contente que mes enfants grandissent, j’ai détesté la période « petit bébé ». Depuis peu, toutes les deux arrivent à jouer SEULES quelques minutes où je ne suis pas sollicitée, quelques
    minutes qui ne vont faire qu’augmenter !!

  5. working mum dit :

    alors bizarrement moi c maintenant qu’arrivent les questions: maintenant qu’elle veut son indépendance, je deviens quoi et je sers à quoi? je n’ai pas envie de devenir la cuisinière uniquement! et
    je dis àa alors que je suis en congé parental donc avec elle souvent… qu’est ce que ça va etre qd je vais retourner au boulot bientot!!

  6. Claire dit :

    Merci de l’avoir écrit et d’en parler… le simple fait de se sentir moins seule aide à se sentir mieux…
    Moi aussi je ressens ça parfois, pourtant je l’ai tellement espéré ce bout de chou.. je l’aime plus que tout, je ne regrette pas… mais j’ai parfois le sentiment de me noyer dans la masse de la
    vie quotidienne (combo boulot/maison/terrible two) ! Je pleure un peu, m’énerve seule contre moi… et puis, ça passe… 🙂 souvent grâce à un petit quelque chose, quelques mots d’une amie, un
    compliment au travail… alors je continue à essayer d’avancer à tout prix ! C’est ainsi je crois, dans la vie de maman, il y a des hauts, des bas, il y a le fait de repousser ses limites… Toute
    la difficulté vient du fait d’oser tirer la sonnette d’alarme et faire une pause parfois !

  7. mamandoudouce dit :

    Je crois que l’on peut toutes se retrouver dans ton article… Il y a des moments où cela va mieux que d’autres. Il faut apprendre à vivre avec ce petit être en plus, sans le négliger mais sans
    nous oublier, ni oublier notre couple.
    Bisous malise

  8. Pomdepin dit :

    Et oui, les joies de la vie de mère! On en est toutes là. Je ne veux pas faire ancien combattante, mais ça ne s’arrange pas à l’adolescence. D’accord ils n’ont plus besoin de nous…mais ils
    passent leur temps à nous taper sur les nerfs! Au moins, avec le bébé, je change la couche, je donne un biberon, et ça va mieux! Alors que l’ado et les 3 autres au milieu…

  9. Je me suis pas mal retrouvée dans ton récit mais une question me traverse l’esprit en te lisant : pourquoi as tu eu envie d’un second enfant malgré tout ?

  10. elodie dit :

    c’est bien vrai ma poulette! Tu sais ce que j’en pense!
    Je trouve cela difficile aussi, j’ai des moments ou jme dis que je n’arrive plus à exister pour moi mais que pour et par eux….Ce fut dans le sens inverse ici. Valou sereine puis juju difficile
    mais ça allait aussi avec le fait que valou soit pas facile….
    Allez courage! t’es une super maman!!!!

  11. Comme il est beau ton article mais comme il est dur et poignant comme ce sujet qui est parfois trop laisser sous silence ! Je repousse toujours plus loin mes limites mais un jour …..

  12. Sujet hautement d’actualité pour moi, depuis même un peu trop longtemps à mon goût d’ailleurs. Encore de nombreuses questions restent sans réponse, même si je teste différentes choses pour les
    trouver, ces réponses. Et je veux croire que je les trouverai (positive attitude power !)

  13. Je t’ai posé la question parce que moi je m’étais dit que je n’en aurais qu’un du fait de pensées et ressentis similaires aux tiens, je crois que j’étais trop égoïste. Et puis il y en a eu un
    second parce que entre temps j’ai rencontré un nouvel homme après mon divorce, mais c’était 6 ans après… je crois que j’avais oublié 😉

  14. Julie-A dit :

    Merci pour cet article ! En tant que mère, je me sens tellement seule avec tous les sentiments que tu décris que cela fait du bien de les lire ici.

  15. Madame Sioux dit :

    Comme tu t’en doutes, je suis passée (presque) exactement par le même vécu et le même cheminement il y a quelques mois.
    Maintenant nous existons (presque) à nouveau en tant qu’adultes et couple (enfin ça, ça va venir… hem !), même si les enfants (de leur fait ou du notre ?) semblent parfois vouloir nous harponner
    et nous tirer à nouveau vers eux autant que possible, et même si on ne sait jamais vraiment à quel moment on « peut » s’autoriser ou non à leur dire « STOP, maintenant c’est MON besoin qui passe en
    1er, à toi d’attendre »…
    Entre la ressource psy que tu connais et la fée du sommeil qui nous a aidés pour l’Iroquoise (même si c’est toujours pas fini), les couchers sont maintenant simples (et quand ils ne le sont pas,
    mon fils comprend vite que ça n’est pas la peine d’insister, je tiens trop à mon moment de tranquillité du soir) et je suis donc plus sereine les soirs où je suis seule avec eux.
    Bon courage, en espérant que tu as trouvé les ressources qui te conviennent pour accompagner cette route 🙂

  16. ladypirate dit :

    Je me reconnais terriblement dans ta description de la petite enfance de ton loulou… Qu’est ce que j’ai trouvé (et trouve encore…) ça difficile moi aussi ! Ne plus exister que pour les besoins
    et désirs de cet « autre » qu’on aime pourtant de tout son coeur… ça demande une telle abnégation qu’on se demande bien ce qu’on devient, nous, en tant que personne. A tel point que jusqu’à
    recemment, je me demandais comment c’était humainement possible d’en avoir un second en bossant à temps plein…
    Et puis depuis l’idée fait son chemin, ça me fait moins peur. Et je crois que ça ferait du bien à tout le monde que je relâche un peu la pression vis à vis de mon « unique »…
    bises !

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