malise
12 novembre 2013
La réforme des rythmes scolaires, ou le péché d’orgueil

La réforme des rythmes scolaires, vous ne pouvez pas l’ignorer, fait depuis sa mise en place (et déjà bien avant)(une majorité de parents s’inquiétaient déjà début 2013 au point qu’une pétition avait été rédigée) l’objet de nombreuses critiques étayées de façon précise par le corps enseignant et les parents dont les enfants sont déjà concernés.

Pour autant, le gouvernement semble plus que jamais désireux de poursuivre dans cette voie sans issue, au détriment de ce qu’il mettait en avant comme argument principal à cette réforme : le bien-être de nos enfants.

Je suis Maman de 2 enfants, dont l’un est déjà scolarisé et dont le second le sera à la rentrée prochaine. Je vis dans une petite commune qui n’a pas encore mis en place les nouveaux rythmes scolaires, mais ceux-ci sont le projet principal de la mairie, de l’école, et du bureau des parents (dont mon conjoint fait partie) pour cette année.

La première réunion, qui a duré plus de 3 heures et n’a abouti à aucun échange constructif, a mis en évidence toutes les difficultés dont on entend parler de façon systématique depuis la rentrée.

Mais avant d’aller plus loin, je crois bon de rappeler à quoi devait servir cette réforme des rythmes scolaires en théorie.

Rappelez-vous …

A l’origine, le projet de réforme des rythmes scolaires pour l’école primaire (maternelle et élémentaire) s’inscrivait dans le cadre de la loi sur la Refondation de l’école et en constituait l’un des premiers actes. Il faisait partie des propositions de campagne de François Hollande, qui a chargé Vincent Peillon, Ministre de l’Éducation Nationale, de le mettre en oeuvre.

Son fondement était dès départ disons-le, quelque peu démagogique : prenant l’argument de la poursuite d’un objectif pédagogique, à savoir assurer la réussite de nos enfants en respectant leur rythme biologique mis à mal depuis la mise en place de la semaine de 4 jours en 2008, le gouvernement souhaitait porter le nombre de jours travaillés dans la semaine de 4 à 4,5 jours soit 9 demi-journées, en allégeant le nombre d’heures de cours fondamentaux au profit d’activités éducatives l’après-midi (culture, sport, etc.). Les enfants iraient donc à l’école le mercredi matin (ou le samedi matin sur dérogation).

Le décret portant réforme précisait par ailleurs que la journée de classe comporterait au maximum 5 heures 30 et une demi-journée de maximum 3 heures 30. Que la pause méridienne serait de 1 heure 30 au minimum. À titre d’exemple, l’ajout de 3 heures de classe le mercredi matin permettrait d’alléger les autres journées en moyenne de 45 minutes. Enfin, les cours fondamentaux auraient lieu le matin, et les activités périscolaires et éducatives l’après-midi.

Particulièrement floue quant à sa mise en place (« Il ne s’agit pas d’imposer partout et à tous un modèle unique et rigide, mais de fixer un cadre national à l’intérieur duquel différentes déclinaisons locales seront possibles. Le décret relatif à l’aménagement du temps scolaire permet en effet de mettre en place une organisation de la semaine scolaire concertée et adaptée aux besoins et aux ressources des territoires » [articles 4 et 5 du décret]), cette réforme a néanmoins commencé à être appliquée par 4000 communes à partir de la rentrée 2013, en contrepartie d’une aide financière de 50 euros par élève.

Qu’en est-il aujourd’hui, après près de 2 mois d’expérimentation sur le terrain ?

Autant dire les choses telles quelles sont, les résultats sont désastreux, à tel point d’ailleurs que certaines communes ont pris le parti de faire marche arrière et de revenir aux anciens rythmes, et que d’autres annoncent leur refus de l’appliquer.

Mais désastreux pourquoi ?

– Cette réforme, censée privilégier les rythmes biologiques des enfants, apparait être un échec cuisant sur ce plan, puisque la majorité des parents mettent en avant une fatigue accrue de leurs enfants. Les pauses méridiennes sont trop longues, les journées sont loin d’être écourtées. Les tout-petits qui ont besoin d’un cadre et d’un environnement stable sont perturbés par tous les changements quotidiens.

N’en déplaise à Monsieur Rufo, leur attention est d’avantage sollicitée et sur des temps qui pourraient être impartis aux jeux et donc à la détente.

Sur ce point, je vous laisse lire cet excellent article dans Agoravox, on ne peut pas faire plus parlant!

– Les fameuses activités périscolaires, totalement dépendantes du bon vouloir (et des moyens) de la mairie puisqu’intégralement à sa charge financière, se révèlent parfaitement inadaptées et inintéressantes dans de nombreuses communes, au point que les petites communes se sentent pénalisées par la mise en place de la réforme (Source : l’Express).

A ce propos, le Président de l’Association des Maires Ruraux de France mettait récemment en exergue les difficultés rencontrées par les communes : « Risque de pénurie d’intervenants qualifiés aux horaires concernés, manque de salles, manque de financements, surcoûts liés aux déplacements. »

Il n’est apparemment pas rare que les plages horaires consacrées à ces activités se transforment finalement en un temps de jeux supplémentaire pour les enfants encadrés par leurs ATSEM ou d’autres personnes bénévoles, faute d’avoir pu trouver assez d’animateurs qualifiés pour toute la semaine.

Et pourtant, malgré les nombreuses critiques et le fait qu’un français sur 2 soit aujourd’hui opposé à cette réforme, Monsieur Peillon insiste et continue à annoncer que le gouvernement ne reculera pas. Parlant de la fatigue, il continue à accuser les anciens rythmes sans tenir compte des évidences en ce qui concerne les nouveaux.

On ne peut cependant pas dire qu’il fasse totalement la sourde oreille, puisque pour éviter la grogne des communes qui n’ont pas commencé en 2013, il est revenu sur
l’aide en annonçant que celle-ci serait reconduite en 2014 (45 euros pour les communes de droit commun et 150 euros pour les communes situées en zone urbaine sensible ou en zone rurale revitalisée).

De même, le taux d’encadrement des enfants durant les activités périscolaires a été revu à la baisse, pour pallier les difficultés de recrutement des animateurs. Pour les trois heures supplémentaires d’activités périscolaires prévues par la réforme, mais uniquement pour celles-là, le taux d’encadrement a été abaissé à 1 animateur pour 14 enfants chez les moins de 6 ans (1 pour 10 auparavant) et à 1 animateur pour 18 enfants chez les + de 6 ans (1 pour 14 auparavant). (Source : bfmtv)

Je n’y vois pour ma part qu’une énième tentative de manipulation politique, parce que, quoi qu’on en dise, les faits prouvent que cette réforme est inadaptée.

Loin de tirer l’enseignement vers le haut, les rythmes scolaires tels qu’ils sont décidés ici, et en particulier la mise en place d’activités périscolaires différentes selon les écoles (et surtout les moyens des mairies), ne font qu’accroître les inégalités.

Monsieur Peillon, vouloir marquer l’histoire de son nom, c’est bien. Mais savoir reconnaître ses erreurs pour le bien-être de ceux qui sont notre futur, c’est encore mieux!

Et ne pensez pas, comme vous avez pu le faire entendre, que mes propos sont uniquement à charge parce que je suis opposée à tout changement quel qu’il soit !

Que les rythmes scolaires tels qu’ils existent soient inadaptés et nécessitent une transformation, soit, mais alors faites en sorte que celle-ci soit préparée correctement, réaliste, et surtout appliquée pour tous de manière commune, identique et égalitaire. L’enseignement en France, basé sur des programmes scolaires identiques pour tous les enfants, a toujours été synonyme d’égalité des chances. Il n’y a pas de raison que de nouvelles activités, vecteurs d’ouverture d’esprit, changent cette règle qui devrait rester immuable !

Pour finir, si vous êtes parents et que vous souhaitez montrer votre opposition à la réforme, je vous rappelle qu’une page Facebook a été créée pour un appel à boycott de la journée d’école du mercredi 13 novembre.

PARENTS, MOBILISONS-NOUS, LEUR AVENIR EST ENTRE NOS MAINS!

Et vous, allez-vous boycotter la journée du 13/11 ?

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Cet article a été rédigé pour le blogzine So Busy Girls.

 Article

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Article publié dans : « Logistique familiale »

12 réponses à “La réforme des rythmes scolaires, ou le péché d’orgueil”

  1. Ptisa dit :

    tu as posé un jour de congé pour garder tes mômes ? Cette réforme n’a rien à voir avec l’école : il est nécessaire d’adapter le temps de classe au temps du travail des parents, il faut que les
    mères reprennent le boulot pour cotiser, c’est assez clair quand même ? Les 2 mois de vacances d’été c’était pas pour qu’ils se reposent les enfants, c’était parce que l’école était vide pendant
    les travaux agricoles. Maintenant que ce n’est plus le cas, ces 2 mois n’ont plus lieu d’être. Au moins l’école est gratuite contrairement aux autres modes de garde.

  2. Alice dit :

    tout à fait d’accord, une belle connerie
    reste que le projet de réforme (non appliquée encore dans ma moyenne ville) a eu le mérite de voir naitre un grand questionnaire sur les rythmes de tous les enfants scolarisés de 2à 10 ans:
    activités périscolaires, heure du lever, coucher le week-end et la semaine, moyen de locomotion, garderie, devoirs, temps passé devant la tv, l’ordi, les livres, utilisation des médiathèques,
    ludothèques, repas pris à la maison/école, petite déjeuner?

    Je ne sais pas ce que ça va donner mais l’idée de sonder les familles est fort intéressantes car là encore les inégalités sont flagrantes!!

  3. working mum dit :

    bravo ce texte est juste parfait… qu’elles m’énervent ces réformes en ce moment!!!!!!!

  4. Maman Arrive dit :

    En fait c’est ça que je ne comprends pas sur la réforme autant je suis pour la diminution des temps dit « théoriques » pour que l’apprentissage des savoirs s’arrêtent à 15h30 autant pour moi l’heure
    restante devrait être intégrée à l’école en tant qu’heure d’activité artistique ou sportive (toujours ludique) et donc gratuite (comme un cours d’eps ou de dessin ou musique au collège) pour finir
    l’école à 16h30.

  5. f4iry dit :

    Je crois qu’il faudrait un bon opticien à tous les membres de ce gouvernement ainsi qu’au président ! Tout le monde dit que ça ne va pas : professionnel/ parents et mêmes les autres pays ! Enfin
    bref… Je ne sais pas ce qu’ils veulent prouver en mon emmenant droit dans le mur …

  6. Ju dit :

    Alors moi je suis une extraterrestre ou une mauvaise mère, je capte pas tout à ce débat. En même temps je débarque, c’est à dire que mon fils il vient tout juste de rentrer en maternelle et donc je
    n’ai qu’à peine 3 mois de recul pour comprendre comment tout ça se passe.
    Juste que je comprends pas quand on dit que les enfants sont épuisés à cause de ce nouveau rythme, ben le mien il est pas plus ou pas moins fatigué que quand il était à la crèche. Comme le fait
    d’avoir deux maitresses (une est à 75%), l’acem plus une équipe d’animation constituée de plusieurs personne, il n’a pas l’air perdu. Peut-être le fait d’avoir été en crèche il a eu l’habitude
    d’avoir à faire à plusieurs référents? Donc je ne sais pas, en fait je me questionne, suis-je totalement à la masse? Peut-être que qque chose m’échappe. je veux bien comprendre certaines
    revendications mais d’autres me paraissent parfois exagérées. En tant que jeune maman qui débarque dans l’univers de l’école, je pensais que les instits et les assos bossaient un peu ensemble ou
    tout du moins en accord et quand je lis le papier de la maitresse pr la grève de jeudi, je lis que les instits se sentent expulsés de leur classe!!! J’ai trouvé le mot un peu fort q-même.
    Bon, chez nous on est encore qu’en petite section, donc je vais apprendre aussi au fur et à mesure et comprendre comment tout cela fonctionne.

  7. Une de mes amies est Professeur des Ecoles et elle m’a toujours dit que cette reforme etait bonne sur le fond, mais la forme n’est pas du tout adaptee au rythme des enfants.

    Alors faire une reforme, oui, mais surtout et avant tout reflechir a ce qu’il faut mettre en place et tester ce qui fonctionne ou pas.
    J’ai l’impression qu’aujourd’hui en politique, il faut faire passer des reformes. C’est presque la compet a celui qui en aura fait passer le plus. C’est donc du grand n’importe quoi et ce sont les
    enfants qui trinquent.

  8. Milie dit :

    Un billet très juste ! merci

  9. Je n’avais pas vu ton billet, je rattrape grâce à Milie et il est tout à fait juste, tu as très bien exposé la situation désastreuse.

  10. ptisa dit :

    Je comprends rien a ces com : malaise le problème de garde du mercredi après midi c’est quoi? Avant il fallait bien le faire garder toute la journée … Et pour le rythme de l’enfant c’est juste
    que ça empêche les parents qui bossent pas de faire la grasse mat j’ai l’impression. Comme je l’école au moins est gratuite

  11. Lylou dit :

    Très bel article avec lequel je suis entièrement d’accord. Ma fille est déjà fatiguée en MS alors que la réforme n’est même pas passée chez nous, parce qu’elle n’a plus le droit à la sieste. C’est
    un autre problème certes mais je n’ose imaginer avec le mercredi matin en plus. Elle est aussi déboussolée par le personnel d’accueil qui a, en parti, changé… Qu’est-ce que ça va être l’an
    prochain ? Quant-aux classes qui vont devoir servir pour les activités périscolaire je comprends bien le désarroi des maîtres ou maîtresses qui prennent le temps de tout ranger, installer,
    organiser pour des classes surchargées…
    Je reviens juste sur la fatigue et le « rythme biologique », je ne vois pas en quoi le fait d’être en activité avec 15 ou 20 enfants surexcités et plus reposant que d’être en classe, au calme, à
    écouter la maîtresse…
    Bref je ne comprends pas, en quoi cette réforme peut aider nos enfants à réussir en s’adaptant à leur « rythme biologique » ! D’ailleurs les enfants ont-ils tous le même rythme biologique ? je ne
    crois pas.

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