malise
18 septembre 2014
La loi du plus fort

J’aurais pu m’en douter. J’aurais du. Moi qui ne cesse de répéter depuis le début que je me montre trop naïve, trop confiante, et que c’est bien ce qui m’a conduite à ce point de non retour, j’aurais du savoir que les choses n’allaient pas être différentes par la grâce de je ne sais quel miracle.

Je les ai pourtant entendus tous ces proverbes, rabâchés depuis des centaines d’années à ceux qui se vantent avant l’heure. Aux orgueilleux qui imaginent que tout leur est acquis. Aux optimistes, pauvres fous! Vous savez, ne pas vendre la peau de l’ours ou mettre la charrue avant les bœufs…

J’étais prévenue.

Ce n’est pourtant pas faute de les avoir pratiqués depuis plus de 6 ans, les dirigeants de cette entreprise, et encore plus ces 6 derniers mois. Avec les valeurs qu’ils revendiquent mais qu’ils n’appliquent surtout pas. Avec leur façon de retourner la situation à leur avantage, comme si c’était une fleur qu’ils vous faisaient. Ne vous plaignez pas, surtout, vous avez un travail (grâce à nous). Vous n’êtes pas prioritaires, vous comprenez, si on voulait vous faire partir, ce serait déjà fait.

Je suis responsable qualité sécurité environnement dans un grand groupe. Ouais, je frime un peu. Ou pas. Pour moi, au fil des années, cet intitulé de poste est devenu le terme politiquement correct pour désigner l’inspecteur des travaux finis. L’empêcheur de travailler en rond. Vous voyez, je reste polie. Sachez que certains le sont beaucoup moins lorsqu’ils parlent de moi et de mes fonctions. En gros, je suis celle qu’on paie à ne rien faire, à part embêter les honnêtes travailleurs qui rapportent de l’agent à leurs actionnaires. Eux.

Je me suis longtemps battue contre cette vision réductrice et faussée de ce métier. La sécurité, l’environnement, c’est passionnant et utile. Si si, et pas uniquement en terme d’image, contrairement à ce qu’imaginent la plupart des chefs d’entreprise qui se plient bon gré mal gré aux exigences sociétales et écologiques de leurs clients.

Mais le débat n’est pas là.

Je sais depuis longtemps que je suis arrivée au bout de ce que je pouvais donner. Mon bilan de compétences m’a aidée à comprendre les raisons de mon dégoût profond, de mon écœurement, de mon envie de prendre l’air.
Parce que je suis une femme, que j’ai eu le malheur de faire 2 enfants, et que mes « contraintes familiales » passent avant tout (Coucou Najat!)(Oui oui, je sais, ça va être un choc pour vous d’apprendre ça, mais en France en 2014 l’égalité salariale et la parité hommes-femmes n’existent que dans votre tête)(un peu comme l’intérêt des nouveaux rythmes scolaires, je suis sûre que vous voyez!).
Parce que je suis trop jeune, ou plus assez.
Que je ne suis qu’un pion interchangeable qui ne doit avoir aucune velléité en terme d’augmentation (« ceci n’est pas négociable »), d’adaptation du temps de travail (« nous ne gérons pas les exceptions »), de charge de travail (« de toute manière tu es payée à ne rien faire depuis 2 ans, tu vas enfin être payée à ta juste valeur »), ou de changement de contrat (« donc avec la simulation tu perds 40 euros par mois, ça te va? Ah oui, on a oublié de te dire, il va falloir que tu démissionnes avant de signer ton nouveau contrat »).
Voilà. Au cas où vous n’auriez pas compris, tous les propos mis entre parenthèses sont ceux que j’ai entendus depuis le mois d’avril et le départ de mon collègue dont j’ai récupéré le boulot.

Quand j’ai pris la décision de partir en juillet, le fait d’en parler à mon responsable hiérarchique m’a libérée d’un tel poids que je me suis précipitée sur mon clavier pour venir vous en parler ici.

Mais rien n’était fait, loin de là.
Ici, si les gens veulent partir, ils démissionnent. Réussir à négocier une rupture conventionnelle est exceptionnel, et il m’a fallu faire preuve de beaucoup de persuasion (ne le dites surtout pas, mais c’est aussi le terme politiquement correct pour désigner le chantage)(oui oui, j’ai osé!) pour qu’ils acceptent.

Fin juillet, j’ai su que ça allait être possible, et je devais partir en congés début août avec une réponse de leur part. Cela ne s’est pas fait. On m’a alors promis début septembre. Cela n’a pas été le cas non plus.
Entre-temps, j’ai vécu des situations complètement ubuesques, notamment à l’occasion de réunions avec le Directeur Général qui faisait comme si de rien n’était. Imaginez un peu la planification des objectifs 2015 et de toutes les responsabilités devant m’incomber, alors que précisément je suis censée ne plus être là en 2015… Formidable!

Il y a 15 jours, lassée de devoir les poursuivre et passer mes journées à essayer de les joindre, j’ai décidé de tenter le tout pour le tout. J’ai donc annoncé que je cessais de m’occuper de tâches qui n’étaient pas les miennes, en particulier de 2 petits audits de rien du tout, mais qui, s’ils n’étaient pas conformes, pouvaient avoir des conséquences plutôt négatives pour eux. Ils ont bien entendu essayé de m’intimider en me disant que si je déclarais la guerre, je devais m’attendre à ne pas la gagner, compte tenu des risques que je courrais à ne pas aller dans leur sens.

J’ai tenu bon.

La semaine dernière, j’ai enfin pu rencontrer le DRH pour parler de mon départ. Ils sont d’accord pour une rupture conventionnelle qui me permettra de partir le mois prochain. Et même pour m’aider à monter un dossier de DIF pour financer ma prépa au concours.

Tout se précipite, après des mois d’attente et d’incertitudes. Je suis fière d’avoir tenu bon, d’avoir résisté et lutté pour faire valoir mes droits et mes points de vue en dépit de leur attitude (que mon médecin a par ailleurs qualifiée de harcèlement moral).

Le plus dur est devant maintenant, sans équivoque, mais au moins mon avenir est entre mes mains, et les miennes uniquement.

Et je suis TRES motivée…

lutter-droits-reconversion
Rendez-vous sur Hellocoton !
badge mapage hellocoton 125x25 white

Article publié dans : « Vis ma vie »

54 réponses à “La loi du plus fort”

  1. mamandoudouce dit :

    Oh punaise, je suis trop trop contente pour toi!!!! Quand je pense à nos derniers messages échangés, je pense « ouf » pour toi! Tu as raison d’avoir tenu bon et de ne pas avoir lâché! Bravo! Profites de ce moment et dans un mois une nouvelle page s’ouvrira! J’espère que celle-ci sera plus sereine!!
    Je te fais de gros bisous!!

    • malise dit :

      Merci beaucoup, beaucoup! C’est une période étrange en ce moment, je crois que je ne réalise pas trop, et surtout j’essaie de souffler parce que j’ai atteint un niveau de stress assez important ces dernières semaines. Mais je tiens le bon bout, je crois! 😉 Bisous.

  2. bravo !
    Tu n’as pas lâché et tu mérites d’entreprendre ce que tu as choisi !

  3. chocoladdict dit :

    bravo ! toujours admirative des personnes qui savent se battre comme tu l’as fait , j’en serais incapable …je te souhaite une belle route pour la suite

    • malise dit :

      Tu sais je crois que je n’ai pas trop réfléchis en fait. Quand on veut partir, toutes les menaces n’ont plus d’importance. Et de toute manière, plus ils en rajoutaient, plus cela me confortait dans ma décision, et moins je lâchais! Merci pour tes mots en tout cas! ♥

  4. Aloès dit :

    Bravo !!! Ton combat est un exemple pour toutes celles qui n’osent pas ou n’ont pas la force (j’en ai fait partie). Tu peux être fière de toi et avancer la tête haute ! Vraiment très contente pour toi 😉

    • malise dit :

      Merci beaucoup ma jolie! Je n’ai pas précisé cette fois-ci, mais c’est mon Amoureux qui me donne la force de faire tout ça. En tout cas, il me pousse à fond, et il est aussi ma barrière de sécurité… C’est une vraie chance! Bisous.

  5. Loïs dit :

    Bravo d’avoir persévéré !! 🙂

    • malise dit :

      Merci Loïs! J’ai essayé de ne pas baisser les bras, mais ça n’a pas toujours été facile je t’avoue! Heureusement, je suis très bien entourée! 🙂

  6. Vraiment bravo ! C’est quand même incroyable ces grands groupes qui se croient tout permis ! C’est même écoeurant … Bon courage pour l suite des événements et félicitations 😉

    • malise dit :

      Merci beaucoup. Tu sais je ne pense pas que ce soit propre aux grands groupes, mais plus à la mentalité des chefs d’entreprise, donc c’est aussi vrai pour certaines PME. C’est même d’ailleurs étonnant, en général les groupes ont des politiques sociales bien plus intéressantes. Ici, c’est l’exception qui confirme la règle… :/

  7. alameresi dit :

    Bravo ! C’est génial. J’ai très hâte de savoir ce que tu vas faire, quel domaine tu as choisis. Tu nous diras, hein?

  8. Alice dit :

    Bravo !
    c’est super qu’ils n’aient pas réussi à te rendre battue d’avance, comme c’est souvent le cas, ils usent tant leurs salariés qu’ils renoncent à se battre pour leurs droits!!
    Bon alors tu me le dis maintenant ce que c’est?!
    On se serrera les coudes?

    • malise dit :

      Tu vois c’est drôle ce que tu dis, parce que ma collègue qui a été à peu près dans la même situation que moi a laissé tombé, et a préféré démissionner plutôt que de se battre. Je crois que je suis trop orgueilleuse pour accepter de me laisser marcher sur les pieds! 😉
      Oui oui oui, je ne vais pas tarder à le dire, ça fera du bien de se serrer les coudes! J’ai vu que tu suivais des cours du CNED, je te trouve très courageuse!

  9. Lucky Sophie dit :

    Et bien bravo !! Dans ce genre de situation c’est vraiment très dur d’aller jusqu’au bout !

    • malise dit :

      Je ne réalise pas encore tout-à-fait, je me dis qu’ils vont chercher à m’embêter et du coup changer d’avis pour la rupture conventionnelle. Ce ne sera bon que le 02/10 en fait, parce qu’il y a un délai de 15 jours pendant lequel les 2 parties peuvent se rétracter. Je serre les fesses! 😉

  10. Virginie B dit :

    bravo pour ta détermination, ton courage… ce n’était surement pas évident !

    • malise dit :

      Merci beaucoup Virginie. Non en effet, mais je crois que beaucoup d’employeurs profitent de la conjoncture pour maltraiter leurs salariés, et je trouve ça inexcusable. Je ne pouvais pas laisser passer ça. C’est comme ça, je le regretterai peut-être (ou pas), mais je suis contente d’avoir dit tout ce que j’avais à dire…

  11. My Chuchotis dit :

    Bravo! Je suis trop contente de lire ça! 🙂

  12. Delphine dit :

    Bravo! C’est toi qui a été la plus forte et la plus courageuse! Bonne nouvelle route…

    • malise dit :

      Merci Delphine! En tout cas j’ai préféré ne pas baisser les bras, et même si ça n’a pas été sans mal, je suis très heureuse d’avoir réussi (et de partir bientôt, enfin!). 🙂

  13. Trop c…, je suis trop… bête. J’ai raté ce billet tellement intéressant. Et paf sur les doigts.
    Bravo, tu es très courageuse.
    Quelle ténacité… Je te souhaite le meilleur pour les semaines et les mois à venir.
    Des bises,
    Nathalie

    • malise dit :

      Quel gentil message, merci beaucoup Nathalie!!! Ne t’inquiètes pas, ce n’est pas facile de tout réussir à lire et à commenter. Moi-même j’ai lu récemment ton article datant du mois de mars et parlant de ton projet… J’ai hâte d’en savoir plus, et croise fort les doigts pour que cela marche comme tu le mérites! Je t’embrasse!

  14. Prune dit :

    Je termine dans 11 jours et je vais également reprendre mes études, j’ai tiré le même bilan que toi les mêmes conclusions… et putain, ça fait du bien de changer pour « autre chose » même si l’avenir est incertain !

  15. anyo dit :

    Bonjour, je découvre ce blog via HelloCoton, bravo pour ta ténacité et pour ce message d’espoir!
    Avec une collègue nous avions l’habitude de nous comparer à des bisounours face à de grands méchants loups!
    Bon courage pou rla suite!

  16. Marie mon-nid dit :

    Chouette, tu tiens le bon bout ! Tu nous diras quand tu l’auras vraiment signée, cette rupture conventionnelle de contrat, hein (oui, tu sais, « chat échaudé… » 😉 !) ?
    Heureuse pour toi, en tous cas ! Tu es super forte, et la locomotive commence à revenir sur les rails ! C’est bon, après, il ne restera plus qu’à rouler !
    Bon courage, et encore félicitations !

    • malise dit :

      Elle est signée depuis vendredi dernier, mais ça ne sera vraiment bon que le 02/10, quand plus personne (=eux) ne pourra revenir en arrière. Je croise les doigts, mais à priori il n’y a aucune raison pour qu’ils changent d’avis. J’ai prévu un bazooka au cas où! 😉

  17. Marie Kléber dit :

    Tu as bien fait de tenir bon Malise, ça n’a pas dû être facile tous les jours mais le résultat est là, tu peux souffler et reprendre tes esprits avant la prochaine étape…
    Je suis certaine que le meilleur reste à venir. Grosses bises

  18. Ecoquillette dit :

    Que c’est bon de se sentir maître de son destin ( même si ça fait aussi parfois bien flipper)! Pas toujours simple d’être une working mom… dans l’environnement en plus, l’écolo de service qui empêche de travailler correctement parce qu’elle ne comprend rien aux VRAIS objectifs je vois tout à fait ce que tu veux dire.

  19. pauline k dit :

    Tu es courageuse! Le meilleur est à venir, ce sera pas facile tous les jours mais tu as certainement pris la bonne décision! Bravo!!!

  20. Mais je suis vraiment fan avec ce texte
    Il y a un an j’ai quitté un CDI car je n’supportais plus mon directeur, j’étais vraiment de plus en plus mal alors qu’avant lui tout se passait bien
    Et je ne le regrette pas le moins du monde
    Alors bravo <3

  21. Angeso dit :

    Je suis fière de toi <3

  22. marie dit :

    whaouuuuuuuuuuuuuuuuuuuu bravo bravo bravo !
    vous méritez bien mieux 🙂
    je suis très contente pour vous

    Marie

  23. Madame Sioux dit :

    Moi je dirais plutôt que le plus dur est derrière, si je peux me permettre. Je suis admirative de ton combat et des positions que tu as su prendre et tenir ! Moi, j’ai horreur des conflits et je crois pas que j’aurais osé m’atteler à être « persuasive ». J’ai eu de la « chance », du coup, en étant licenciée.
    C’est vrai que la suite ne sera pas simple mais purée, tenir son avenir entre ses seules mains, comme tu le dis, ça fait TOUTE la différence. Ce peut être angoissant de se dire que tout dépend de toi seule mais c’est aussi l’occasion unique de mettre toute l’énergie dont tu es capable à ton SEUL profit (au lieu de le gaspiller en lutte salariale qui ne devrait pas avoir lieu d’être) 🙂
    Bonne continuation et à bientôt IRL j’espère !

  24. Hé bien, je suis drôlement fière de toi…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *