malise
8 janvier 2015
L’après.

Je suis comme vous aujourd’hui. Je le sais. J’ai les yeux qui piquent et la gorge nouée. Une boule au ventre qui refuse de partir.
Je suis comme vous. J’ai passé ma journée d’hier à chercher les nouvelles, suivre les réseaux sociaux, espérer que ce soit une erreur. A avoir des frissons, à essayer de faire autre chose tout en revenant sans cesse à cette tragédie.
Je suis comme vous. Je n’arrive pas à trouver mes mots, je tâtonne. Je ne sais pas quoi dire, tout a déjà été dit. Trop de choses ont déjà été dites.

J’ai été assez troublée hier, lorsqu’en plus des messages de soutien, de solidarité, de peine, ma timeline a commencé à voir apparaître de nombreux articles de blogs. Je me suis dit « Comment peut-on trouver l’envie d’écrire, alors que tout est encore si frais? », « Comment peut-on réussir à s’exprimer, alors que rien n’est vraiment clair? ». J’ai imaginé que cela pouvait être de l’opportunisme, et je n’ai pas aimé cette idée.
Et puis, en parallèle des innombrables #JeSuisCharlie, le crédo #JeNeSuisPasCharlie est entré en scène. Cela m’a révulsée. Comment pouvait-on dire cela? Comment pouvait-on se montrer aussi insensible et irrespectueux face à ceux qui sont morts pour avoir voulu faire rire ou pour protéger la liberté, face aux familles endeuillées?
J’ai vu les mots de haine aussi, en tout cas ceux qui ont été relayés. Ceux qui se réjouissaient de ce drame, et qui espéraient que ce ne soit qu’un début. Alors j’ai pleuré de tant de sottise.

Et puis j’ai réalisé. J’ai réalisé qu’écrire est libérateur, et que tous ceux qui avaient écrit hier avaient surtout eu besoin de mettre des mots sur leur chagrin. J’ai réalisé qu’en étant Charlie, ou en ne l’étant pas, on condamnait tous avec autant de force des actes aussi barbares, simplement en s’exprimant librement. Et j’ai réalisé que la France, notre beau pays des libertés, n’était peut-être plus celui de la fraternité.

Je ne sais pas pourquoi je suis aussi triste. Je n’ai jamais pleuré pour les victimes innocentes des attentats terroristes. Même si je me révolte facilement, je ne suis pas militante, ni engagée. L’actualité m’intéressent peu, et à vrai dire, je ne suis plus les infos depuis longtemps. Je ne m’émeus même plus lorsque les droits de l’homme sont bafoués quelque part dans le monde, ou quand un dégénéré décide de trucider tous ceux qu’il trouve sur son passage. Je ne suis pas insensible pour autant. Ni indifférente. Cela me parait juste loin, et quelque part je me dis que cela ne peut pas nous arriver à nous.

Ce qui s’est passé hier est un vrai électrochoc, pour tous. Parce que ce sont des symboles qui ont été piétinés. Celui de la liberté d’expression. Celui de la liberté de la presse. Celui de l’humour. Parce que oui, c’est « juste » de cela qu’il s’agit.

Nous élevons nos enfants dans le respect, en essayant de leur transmettre nos valeurs. Nous sommes fiers de pouvoir dire que dans notre pays tout le monde à la possibilité d’exprimer ses opinions, ses idéaux, sans distinction d’origine. Que nous sommes tous égaux. Pourront-ils comprendre un jour que des hommes ont été tués lâchement parce qu’ils tournaient les extrémismes en dérision?

Ce n’est pas cela que je veux retenir. Ce n’est pas le dégoût, ni la peur. Ce n’est pas cela que je veux leur dire.

Quand je vois les images de tous les hommes et de toutes les femmes qui se sont rassemblés hier, qui ont levé leurs points ou leurs mains serrées autour d’un crayon;
Quand j’écoute La Marseille entonnée à l’unisson par une foule en larmes;
Quand je vois la solidarité, le soutien, l’élan;
Je me dis que tout n’est pas perdu. Que le monde que nous offrons à nos enfants est aussi celui où nous pouvons tous crier « Liberté » et « Tolérance » d’une seule voix.

Pour que ces morts n’aient pas été vaines.

Charlie Hebdo#noussommescharlie
 

Source : Twitter

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Article publié dans : « Vis ma vie »

16 réponses à “L’après.”

  1. claire wallart dit :

    JE SUIS CHARLIE

  2. la carne dit :

    comme toi, spontanément je me suis dit « mais comment peut-on écrire déjà sur cet horrible drame… »… et puis en écrivant j’ai compris.
    #jesuischarlie

  3. marie kléber dit :

    Toute mort est vaine. Plus que la mise à mort de nos libertés, c’est la terreur, l’horreur de crimes perpétrés contre des hommes qui me révolte. Des hommes qui avaient de l’humour et des idées, qui défendaient les valeurs de la France.
    Hier, j’ai écris parce que j’en avais besoin, parce que cette haine que je ne veux pas toujours voir me dépasse, parce que je ne comprends rien et que cela me glace.
    Alors comme je n’ai que mes mots pour soulager mon coeur et pour crier haut et fort mes idées, j’ai laissé l’encre couler.

    Seuls, on s’en sort. Ensemble on est plus fort.

  4. Léona dit :

    Je te trouve très juste quand tu dis que cet attentat a été un électrochoc pour tout le monde. En voyant les gens arborer sur les réseaux sociaux et dans la rue des badges, brassard « jesuischarlie » aujourd’hui, j’ai vraiment pris conscience que pour la première fois, tout le monde se sent concerné.
    J’espère que la suite des événements fera honneur aux victimes. Je l’espère vraiment.

    • malise dit :

      Et alors, ton sentiment avec 2 semaines de recul? Est-ce que tu penses que la suite donnée fait honneur aux victimes? Moi en tout cas je ne lis plus rien de tout ce qui concerne ce triste évènement. Le fameux « bal des faux-culs » des grands de ce monde à la marche du dimanche à Paris m’a écoeurée. La récupération m’écoeure. Pauvre monde!

      • Léona dit :

        Ouf, moi c’est tout le contraire j’ai été submergée d’infos, des avis et des positions de tel ou tel personne… jusqu’à l’écœurement comme toi. Je crois que le mieux c’est de se concentrer sur ce qui nous entoure, le quotidien, la famille, les amis, car c’est vite fait d’être découragé avec le gâchis ambiant.

  5. J’ai eu moi aussi du mal à écrire un article, mais une amie a fait une remarque qui m’a mise hors de moi, alors il fallait que ça sorte. Nous sommes blogueuses, nous parlons souvent surtout de futilités, mais nous pouvons aussi être porteuses de messages et il fallait montrer ces deux derniers jours que malgré tout, malgré ce qu’ils ont fait et tentent de faire encore aujourd’hui, nous pouvons encore tous être unis. Et nous pouvons transmettre à nos enfants un monde meilleur en leur apprenant l’amour, le respect et la richesse de la différence. Merci pour ce bel article 🙂

    • malise dit :

      Merci à toi pour ton commentaire. Je suis de ton avis, complètement! Et aussi, puisque notre blog est notre exutoire, ce serait dommage d’être obligées de retenir nos mots dans des moments comme celui-là, non?

  6. Delphine dit :

    Oui, apprenons à nos enfants que le monde n’est pas que douleur et tristesse. Que la pensée unique n’existe pas, mais que nous nous nourrissons des différences, que celles-ci sont complémentaires et nous rendent plus riches. Que les idées des uns et des autres peuvent se débattre et non se combattre. Que la liberté d’expression n’est pas juste un concept abstrait mais que ces personnes se sont battues chaque jour, avec humour, pour faire perdurer cette liberté.
    Je pense à ces petits enfants à qui on inculque dès leur naissance que les autres, qui ne croient pas comme eux, sont des ennemis, et que la différence est quelque chose de mauvais. Je pense à eux et j’ai le cœur qui tremble.

    Mais heureusement, la vie et le monde ce n’est pas que ça et l’engouement international, l’émotion mondiale sont là pour nous le prouver.

  7. Tous les mots de soutien sont importants. Heureuse que tu aies réussi à te mettre à l’écriture.
    Comme toi je me suis sentie si triste… Comme toi, je ne pouvais pas écrire immédiatement. Et puis c’est venu. Ce matin soudain. En un flot. C’est étrange, je ne me sens remonter que depuis que j’ai pris la plume. Quel pouvoir que celui de l’écriture !
    Liberté, égalité, fraternité, paix, démocratie. Nous sommes face à la barbarie. Ne la laissons pas atteindre son but. Résistons et restons unis.

  8. C’est notre credo d’écrire pour exorciser la douleur entre autre. Et finalement c’est ça la liberté (d’expression entre autre) c’est de comprendre que chacun a besoin de réagir à sa manière. Même s’il y aura toujours des profiteurs … Ceci dit en ce qui me concerne, je n’ai pas pu écrire sur le sujet, il y a eu tellement de chose de dites que j’ai trouvé que ça suffisait. J’ai juste fait passer des messages sur ma page et ça m’a suffit, comme si écrire rendait tout ce chaos bien réel … C’est compliqué 🙂

    • malise dit :

      Il y a de ça aussi, c’est vrai. Moi je crois qu’écrire à ce moment-là m’a aussi permis de mettre des mots sur le mal-être que j’éprouvais, même si l’écriture n’a pas été aussi facile que d’habitude…

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