malise
20 janvier 2015
Sans toi

Je ne sais pas pourquoi j’ai eu besoin de venir poser ces mots. Aujourd’hui devrait être un jour comme les autres. Mais en réalité, ce n’est pas le cas. Aujourd’hui n’est plus un jour comme les autres. Il ne l’est plus, depuis 10 ans.

Aujourd’hui, il y a 10 ans, tu es partie.

10 ans sans toi, je ne réalise toujours pas. Sans doute parce que je ne vis pas sans toi. Je vis avec le manque de toi.
Toi, tu es toujours là. Tu le seras toujours. Tu es dans ce soleil couchant qui me sert le coeur parce qu’il me fait penser à toi, va savoir pourquoi. Tu es dans ces plats que je prépare, et dont tu m’as transmis les secrets, il y a bien longtemps. Tu es dans ces liens que je veux garder avec mon frère, avec mes cousines, parce qu’il y a un peu de toi dans chacun d’eux. Tu es dans les yeux de mes enfants.

Plus les années passent, et moins je pense à toi. Plus tous les jours, en tout cas. Il parait que c’est normal.
Souvent, tu me surprends et tu t’invites dans mes pensées. Alors je tourne la tête si je ne suis pas seule, et je laisse les larmes couler. Parfois, je suis en colère contre ceux qui ne sont pas toi, qui ne font pas comme tu aurais fait, je leur en veux de prendre ta place.

Je dis que j’ai fait mon deuil, mais je ne pense pas qu’on puisse le faire un jour. Je ne sais pas comment faire le deuil de ce qui n’a jamais été. Quand tout va mal, je ne fais que dire « et si… », « et si… », et imaginer comment pourrait être la vie si tu étais encore là. Tu n’as jamais été la Maman de celle que je suis aujourd’hui, et je crois que c’est vraiment ce qui me manque le plus.

Ces dernières années, j’ai appris à parler de toi sans avoir la voix qui tremble. Je peux t’évoquer en souriant. Je peux montrer des photos de toi aux enfants, leur raconter qui tu étais, et pourquoi tu n’es plus là, en détachant mes émotions comme si je parlais d’une étrangère. C’est tellement triste pour moi de dire ça. Comme si tu étais une étrangère… C’est tellement triste pour moi de me dire que c’est ce que tu seras toujours pour eux.

Notre famille me manque. Papa me manque. C’était toi qui faisais tout. Tu sais, en un sens, moi aussi je me manque. J’ai perdu ma légèreté avec toi. Je ne sais plus dire que la vie est vraiment belle, et le penser en même temps. Même si la vie est vraiment belle. Je pense.

Heureusement il y a ces rêves où tu viens me rendre visite.
Il y a ceux que je déteste, et qui me laissent hébétée toute la journée qui suit. Tu es toujours là. Tu as été malade, mais c’est toi qui a été la plus forte et, oui, tu es toujours là. Tu es toute frêle et fragile, et j’ai tellement peur que tu sois de nouveau malade. Et je te serre dans mes bras pour que ça n’arrive pas. Et ça marche, tu sais, ça marche. Alors je me réveille, et je réalise que ce n’est pas vrai, et c’est vraiment terrible parce que je sais comment ce serait si tu avais survécu.
Et il y a ceux où tu n’as jamais été malade. Je les aime bien, ceux-là, ils ne me font pas mal parce que je sais bien que ce n’est pas la vérité. Je me le dis, quand tu arrives. Ce n’est pas la vérité, mais profite quand même. Fais lui des câlins, embrasse-là, regarde la jouer avec les enfants. Dans ces rêves, tout est comme cela aurait du être. Je n’ai pas à montrer des photos de toi en disant que moi aussi tu sais, j’ai eu une Maman avant.

Tu vois là je pleure tout en me disant que je t’écris tout ça aujourd’hui justement, comme si c’était un anniversaire. Tes 10 ans d’absence. Est-ce que ça se fête, l’absence? Est-ce qu’il doit se compter en années, le chagrin?

Alors je vais faire autre chose. Je vais te dire que le vide que tu as laissé, je l’ai comblé petit à petit. Il est toujours là, bien sûr, mais il est plein de cet amour que tu m’as donné et que je donne à mon tour, j’espère, à la famille que j’ai créée. Je vais te dire que ces 10 années ont été les plus tristes et les plus difficiles, mais aussi les plus belles et les plus riches. Les plus vides de mon enfance, et les plus pleines de ma vie d’adulte.
Si cet anniversaire que je voulais souhaiter aujourd’hui, ce n’était pas ces 10 ans sans toi, mais ces 10 ans avec Lui, puis avec Eux.

Tu me manques ma Maman. Je t’aime tellement fort tu sais. S’il-te-plait, continue à venir me voir dans mes rêves, pour que tu puisses les connaître un peu…

10 ans sans Maman

Hier, nous avons eu la tristesse d’apprendre le décès d’un ami emporté en un mois par un cancer. Cette photo, c’est une pensée pour eux deux, partis bien trop tôt.

Putain de maladie!

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Article publié dans : « Vis ma vie »

45 réponses à “Sans toi”

  1. Madame Sioux dit :

    Eh bien… je n’imagine même pas. Et en même temps tu le dis si bien que je me mets à ta place et que j’ai les yeux humides aussi, en imaginant si ma maman n’avait pas été là depuis 10 ans.
    C’est injuste, je crois.
    Je te fais un gros câlin <3

    • malise dit :

      Merci, merci, merci! ♥ Tu vois c’est drôle (enfin, façon de parler), mais à chaque fois que j’écris quelque chose à propos de ma maman, j’espère que ceux qui me lisent et qui ont encore la leur se rendront compte de la chance qu’ils ont… Parce que je suis sûre qu’au quotidien on ne s’en aperçoit pas forcément, alors … Grosses bises!

  2. wallart claire dit :

    C’est merveilleux ce que vous avez écrit , je n’ai pas connu ma maman qui est morte à ma naissance , et je vous remercie pour ces paroles écrites qui me vont droit au coeur , on ne remplace jamais une maman et bien que je ne l’ai pas connue , elle m’a toujours manqué. Merci.Claire

  3. mamandoudouce dit :

    Que dire? J’ai versé ma larme tellement ton texte est beau et émouvant. Bel hommage à ta maman! Je te souhaite qu’elle continue à s’inviter dans tes rêves <3
    Et je suis sincèrement désolée pour votre ami. La vie est vraiment injuste (je dis ce mot pour éviter de dire des grossièretés!)
    Bon courage! Je t'embrasse

    • malise dit :

      Merci beaucoup!!! Je n’aime décidément pas ce mois de janvier, on va croiser fort les doigts pour que le reste de l’année ne lui ressemble pas! Je t’embrasse, j’espère que tu souffres moins depuis ton opération…♥

  4. My Chuchotis dit :

    Que dire. Tellement de mots dans lesquels je me retrouve. C’est beau et c’est terriblement vrai. Moi non plus, je ne sais plus dire que la vie est vraiment belle, et le penser en même temps. Alors j’ai une grosse pensée pour toi aujourd’hui. Je t’embrasse

  5. Val1603 dit :

    J’en ai les larmes aux yeux… Tes mots me touchent beaucoup…
    Que dire de plus…
    Rien…
    Je te fais des bises, si je peux me permettre…

  6. bbb's mum dit :

    je t’embrasse fort <3

  7. Marie mon-nid dit :

    <3 il est magnifique, ce texte… Tellement débordant d'amour ! Je t'embrasse bien fort…

  8. C’est touchant, c’est émouvant, c’est beau, mes larmes coulent avec les tiennes, pour d’autres raisons, à peu près similaires ! Je t’embrasse

  9. Tes mots sont beaux mais si douloureux… Dix ans après, je vois que l’on n’oublie rien et que le manque est toujours aussi présent.
    Mille pensées pour cette fin de journée…

  10. Cet article j’aurais pu l’écrire mot pour mot, sauf que j’aurais remplacé le 10 par un 6.
    Le manque, les photos montrées aux enfants en essayant d’afficher un sourire serein mais en coupant bien vite la conversation, les visites dans les rêves, tout ça je connais aussi. Sauf que moi, je n’arrive pas encore à en parler sans pleurer. Sauf que dans mes rêves à moi, elle est toujours malade. Toujours. Alors oui, je pense qu’avec le temps on s’habitue au manque. Avec nos enfants, on est tellement occupées qu’on ne se laisse plus forcément le temps de ressasser les mauvais souvenirs. Mais dans les coups durs, je trouve que c’est vraiment là que le manque est le plus fort. Ne plus pouvoir décrocher le téléphone et raconter une journée pourrie à quelqu’un qui saura écouter, ne pas pouvoir partager nos doutes de mamans avec quelqu’un qui sait. En devenant mère, on se pose soudain des dizaines de questions sur notre enfance à nous. Et comment j’étais moi, bébé? A quel âge j’ai eu ma première dent? Comment ça se passait pour moi à la maternelle? Autant de questions qui resteront à jamais sans réponses. Et ça aussi, c’est dur.
    Et bizarrement, ça me donne encore plus peur de mourir. Parce que ce fichu manque, je veux que mes enfants le connaissent le plus tard possible. parce que je veux être là pour leurs mariages, pour voir ma fille enceinte, et la voir devenir mère à son tour. Pour garder mes petits enfants et faire des trucs de mamie avec eux. Pour connaître leurs réussites et leurs échecs. Etre simplement là pour eux, le plus longtemps possible.

    • malise dit :

      Oh Cindy, merci, merci pour ton message. Je suis tellement désolée, je ne savais pas que tu avais perdu ta Maman aussi. J’ai eu beaucoup de mal à te lire, j’avais l’impression que c’était mes pensées qui étaient couchées là. Parce que oui, c’est exactement ça. Toutes ces questions qui resteront sans réponses (je ne peux absolument pas compter sur mon Père pour m’être d’une aide quelconque, même sur les questions les plus simples. Bref!). Et cette peur terrible de les laisser… J’avais écrit un article sur ce sujet, l’épée de Damoclès… Je t’embrasse…

  11. Qu’il est beau, ce texte… Très émouvant. Vraiment.
    Des pensées tendres, des pensées douces, toutes mes pensées les plus réconfortantes.

    • malise dit :

      Merci beaucoup Nathalie! Comme toujours, écrire m’a fait beaucoup de bien. C’est ce qui m’avais fait ouvrir ce blog au départ, et même si je vais beaucoup mieux, il reste nécessaire… Je t’embrasse.

  12. Sonia dit :

    J’ai l’impression en te lisant et en lisant le commentaire de Cindy qu’on vit toutes la même chose…. moi j’ai arrêté de compter, courage ♥

  13. Delphine dit :

    « Profitons d’eux avant qu’ils ne soient plus là »…on le sait et pourtant leur présence nous paraît acquise. Ton billet me fait dire que décidément je ne me rends pas compte de la chance que j’ai d’avoir une maman présente qui adore jouer son rôle de maminou et qui est bien patiente avec sa fille de venue maman à son tour et qui souvent rejoue l’ado un peu arrogante. Trop souvent je dis à ma soeur que notre mère m’énerve et trop souvent je lui dis qu’elle ne me rassure plus comme elle pouvait le faire quand j’étais enfant. A 35 ans (1/2 mais chuuut) je suis toujours une petite fille qui attend de sa mamà du réconfort et de l’écoute. Ce qu’elle m’apporte mais d’adulte à adulte. C’est parfois difficile pour mois mais…elle est là et j’en serais malade de son absence.
    Ta maman devait être une très belle personne car la fçon dont tu parles de tes enfants, c’est que quelqu’un a du t’apprendre comment être une bonne maman. Tu as a du avoir un bel exemple. Comme je te l’ai dit sur FB, elle doit être extrêmement fière de toi, de la maman que tu es devenue, de la femme et de ta famille. Pleins de jolies pensées! Delphine

    • malise dit :

      Ah c’est drôle, c’est ce que je répondais plus haut. Quand je parle de ma Maman, j’espère que ceux qui me lisent qui ont encore la leur se rendent compte de leur chance! Et c’est bien si ça marche, c’est chouette! Merci pour tes mots toujours si doux à lire, ce sont des baumes au coeur. Belle journée Delphne.

  14. Aloès dit :

    Quelle émotion, quel magnifique hommage, que terrible douleur… De tout cœur avec toi même si je suis loin d’imaginer ce que tu vis. De gros bisous

  15. Marie Kléber dit :

    Ton texte est beau, émouvant bien sûr Malise. On a envie de te serrer dans nos bras, d’apaiser un peu ton chagrin, de t’offrir encore plein de rêves comme ceux qui te font du bien.
    Rien ne comble jamais vraiment l’absence. Je crois que c’est peut-être ça le plus dur, se dire que ceux que l’on aime ne connaîtront jamais nos enfants ni ces personnes que nous devenons.
    Prends soin de toi. Je suis sûre d’une chose c’est qu’où elle soit ta maman pense fort à toi.

  16. selky dit :

    C’est beau ce que tu lui as dit
    C’est beau comment tu en parles. Touchant. Émouvant . Remuant …
    Bizouxx miss

  17. Ecoquillette dit :

    Je viens de te lire. Je viens de pleurer. Ton texte touche droit au cœur. Une bise sur chaque joue. C’est peu mais sincère.

  18. So dit :

    J’ai retardé le jour où je viendrais te rendre visite ici car je savais que te lire raviverais cette douleur sourde et cette absence qu’elle a laissé…
    Et voilà, les larmes coulent sous tes mots tellement beaux.
    Je t’aime <3

  19. melanie dit :

    Merci Malise pour ces mots qui ont boulversé quelque chose chez moi, enterré depuis bien longtemps mais qui se libère maintenant. Je suis comme une ile au milieu de l’ocean, sans parents depuis un moments mais je n’ai jamais pu, jamais su, jamais voulu trouver les mots… jusqu’à maintenant. Tes mots sont un tres bel hommage aux absents et au présent! Merci de les avoir partagés.

    • malise dit :

      Merci à toi Mélanie de m’avoir laissé ce message. Tu n’imagines pas à quel point cela me touche de savoir que ce que j’écris ici peut faire du bien… J’écris pour ne pas garder tout cela en moi, et si cela peut faire écho chez d’autres, c’est un bonus que je prends sans hésiter! Merci encore.

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