malise
16 avril 2015
Faut-il se séparer pour être soi-même?

Il y a en ce moment un certain nombre d’articles qui circulent à propos de la difficulté de réussir à supporter sans problème tous les costumes que nous endossons chaque jour, tout en ne nous perdant pas de vue. Personnellement, ces lectures me font un bien fou. Déjà parce que je me sens moins seule. Et ensuite parce qu’il n’est pas toujours évident de mettre des mots sur ce qui ne va pas.

Il m’a fallu beaucoup de temps pour le comprendre. Après la naissance de mes enfants, j’ai attribué mon mal-être à la fatigue. A la course perpétuelle dans laquelle nous vivions. Plus le temps de rien, juste du temps pour eux. Eux eux eux. Toujours. Au milieu, le boulot. Et de temps en temps, mon Amoureux.

En une seule journée, il nous faut être Maman, ménagère, cuisinière, lingère, infirmière parfois. Accompagnatrice, taxi, supportrice. Chef de projet, gestionnaire de planning. Être au top dans son job, être ultra motivée, scout toujours prête, ne pas faire la grimace quand on nous annonce une réunion à 17h00, et se fendre d’un grand sourire quand on évoque le déplacement de 4 jours de la semaine prochaine. Parce que tu comprends, tu n’es pas qu’une Maman, mais tu dois le prouver. Ne pas oublier d’être sportive, mais ça on le fait avant tout pour nous pas vrai? Jolie, sexy, à l’écoute et, accessoirement, pas fatiguée à l’heure d’aller se coucher.

Et moi alors?

Le peu de temps que je m’accordais, en dehors de celui passé dans les transports en commun je veux dire, je le vivais avec culpabilité. Comment, mais comment, pouvais-je oser laisser les enfants à leur Père et aller prendre du bon temps? Je ne culpabilisais pas pour eux, mais pour lui. Comment pouvais-je aller m’amuser moi, tandis que lui était OBLIGÉ de s’occuper d’eux?
C’est terrible, mais c’est ainsi que je ressentais les choses. J’en voulais aux enfants de me vampiriser. Parfois, chez nous, j’en voulais à mon Amoureux de faire autre chose pendant que moi je devais gérer les enfants. Il tondait la pelouse? Et alors? Moi je devais cuisiner, m’occuper du linge, et en plus, faire la baby-sitter!

Je suis rentrée dans une espèce de cercle vicieux de culpabilité et de dégôut de cette vie que je m’étais construite. Elle représentait exactement tout ce que je rejetais avant de rencontrer mon Amoureux. La routine, le train-train, le quotidien qui pèse tellement lourd qu’on a envie de retourner se coucher sitôt les pieds posés à terre.

Je voulais pouvoir manger sans me lever toutes les 10 secondes, lire plus de 3 pages d’un bouquin sans m’endormir, aller courir … et ne pas revenir.

Je rêvais d’une journée seule. D’une semaine sans eux, sans eux trois. Sans rien à faire, sans personne à m’occuper à part moi-même.

Je voulais la paix. Ne plus entendre de cris, de disputes. Ne pas avoir à parler.

Très souvent, j’ai eu envie de partir.
Très souvent, je me suis dit qu’une semaine sur 2, ça pourrait être une bonne solution. Une semaine pour lui avec eux. Une semaine pour moi sans eux.

Parce que, tout ce temps, je pensais que c’était à cause d’eux que tout n’allait pas bien. Que c’était à cause d’eux si moi je n’existais plus. Mes enfants. Mon Amoureux. Cette vie-là.

J’étais nostalgique de celle que j’étais avant. De ma liberté d’avant.

 

Et puis les enfants ont grandi. Ils sont devenus autonomes, des petites personnes indépendantes qui n’avaient plus besoin de moi en permanence. J’ai fait taire ma culpabilité. Et mes rancoeurs, aussi.

Il a fallu une énorme tempête pour que je comprenne que ce qui était vrai pour moi l’était aussi pour mon Amoureux. On ne parle pas beaucoup des Papas. Mais ceux qui s’impliquent comme il le fait lui, pourquoi ne sombreraient-ils pas les dans les mêmes abîmes que nous? Quand je voulais partir, est-ce que lui avait vraiment envie de rentrer?

Je me suis rendue compte que quoi que je fasse, je ne redeviendrai jamais celle que j’étais avant. Que je ne le voulais même pas, finalement. J’ai vieilli, mûri. J’ai d’autres besoins, et surtout d’autres envies.

Le temps passe tellement vite. Hier je me plaignais de ne rien pouvoir faire pour moi, aujourd’hui j’ai tout le temps qu’il me faut. Et demain, quand les enfants ne voudront plus que je leur tienne la main, j’en aurai certainement beaucoup trop.

J’aurais voulu qu’on me dise qu’il suffisait d’être patiente, que ce n’était pas de la faute de mes enfants, ni de celle de mon Amoureux. J’aurais voulu qu’on me dise de ne pas garder tout ça en moi, parce que rien ne vaut la parole. Qu’être soi-même, ce n’est pas être seule.

J’aurais voulu qu’on me dise, lorsque je ne pouvais plus les supporter, qu’un jour je déciderais de ne pas partir loin toute seule parce que c’est avec eux que je me sens le mieux.

Je sais aujourd’hui que j’aurais pu tout casser, mais que je ne me serais pas retrouvée pour autant. Certaines sont contraintes (avec bonheur ou bien malgré elles) à recommencer leur vie pour enfin se sentir elles-mêmes, respirer à plein poumons et être bien. Je l’ai pensé aussi, mais je sais maintenant que ce n’est pas mon cas. J’ai la chance d’avoir à mes côtés un homme incroyable, qui supporte mes colères et sait faire taire mes doutes. Qui me pousse pour aller de l’avant. Et qui ressent les mêmes choses que moi. Alors autant se serrer les coudes, non?

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Article publié dans : « Parents mais pas que »

25 réponses à “Faut-il se séparer pour être soi-même?”

  1. Marie Kléber dit :

    Je crois que quand on a un Amoureux qui comprend, qui nous pousse en avant, qui se donne, qui est là pour les enfants aussi, qui participe à la vie de la famille, c’est différent.
    Celles qui partent souvent, c’est que de l’autre côté, c’est vide, quelque chose manque à l’équation. Ce n’est pas toujours de gaieté de coeur qu’on se sépare. Mais quand je te lis, je me dis qu’il existe donc des hommes investis, des papas aimants, pour qui cette vie aussi est un choix. Je ne l’ai pas encore rencontré cet homme là….
    Bises Malise et merci pour ce partage qui permet surtout de se sentir moins seule avec ses émotions et ses sentiments, son coeur à fleur de peau parfois.

    • malise dit :

      Merci à toi Marie d’être toujours aussi présente! Tu sais, je crois hélas que même avec un Papa très investi parfois le quotidien prend le dessus, et on oublie le plus important. Et puis soudain il est trop tard pour revenir en arrière… Ce n’est pas mon cas, mais je l’ai vu autour de moi. Pas facile de se rapprocher quand le fossé est devenu trop grand…

  2. Alison dit :

    Il est magnifique ton texte 🙂
    Je ne suis pas maman, je n’ai même pas de chéri mais j’aime ces histoires de vie, de haut, de bas, d’optimisme…

    Gros bisous et je te souhaite de continuer à être heureuse 🙂

  3. bbb's mum dit :

    <3
    tes mots sont si bien choisis !
    <3

  4. Mezémamalo dit :

    je crois que ton billet tombe à pique… et ça me fait du bien de lire ça, parce que là oui j’ai juste envie de partir, je lui en veux de me laisser toute seule avec les 3 boubouilles, la maison à gérer et tout le reste… je sais que ce n’est que temporaire mais je vis de plus en plus les déplacements…Merci pour ces mots ma Malise !

    • malise dit :

      Je crois que les hommes ne vivent définitivement pas les choses de la même manière que nous! Nous prenons tout tellement à coeur… Je te trouve bien courageuse! Déjà moi avec 2…

  5. tes mots sont tellement toujours justes et résonne en moi.
    J’ai justement un article prêt à être publié avec pour titre « une semaine seule ».
    Je reve d’une semaine seule, SANS Personne !!
    Je culpabilise aussi quand je sors et que je laisse la papa gérait et je râle quand monsieur prend 1 h pour tondre la pelouse et que je dois faire la nounou…

    Merci pour ce joli texte qui remet les choses un peu dans leur contexte <3

    • malise dit :

      Ah ah, on dirait moi, tiens! Finalement je vois que nous passons toutes (ou presque) par les mêmes phases! Que c’est bon de se dire qu’on n’est pas des extra-terrestres (ou de mauvaises mamans)! Allez, courage! Et si tu n’en peux plus, pourquoi ne pas la prendre, cette semaine seule? 🙂

  6. Aloès dit :

    Moi aussi je rêve d’une semaine en solo, de vivre à MON rythme et de n’avoir à me soucier de rien d’autre que de moi. J’ai la chance de pouvoir le faire 2 ou 3 we par an, et quelle bulle d’oxygène ! Pourtant j’ai la chance, comme toi, d’avoir un homme admirable à mes côtés, qui prend son rôle de père très à cœur et s’investit autant que moi auprès des enfants.
    Et je confirme qu’en grandissant, nos minis nous réservent de belles surprises. On partage des moments très différents, et on retrouve du temps pour soi.
    Merci pour ce chouette billet 😉

    • malise dit :

      C’est exactement ça! Il y a des jours où je voudrais fuir loin, loin. Et d’autres où tout roule, et où on se dit que ce n’est pas si terrible finalement. Mais je suis définitivement très contente de les voir grandir!

  7. Ptisa dit :

    oui, une famille c’est quand même une équipe, mais nous les filles, vu comme on a été élevées, on ose pas dire ce qu’on veut d’où cette rancoeur, colère et jalousie parfois. Ca a mis du temps pour moi aussi, et je suis contente de voir les enfants devenir autonomes et quand je veux un peu la paix je sors les chupa chups merde !

    • malise dit :

      Ah ah, moi je les mets dehors, c’est incroyable l’effet jardin! Je n’avais jamais pensé que notre éducation pouvait être à l’origine de ça, mais en y repensant je me dis que tu n’as pas tord. Pffff, que de valises!!!

  8. Madame Sioux dit :

    Moi aussi je prends parfois un moment de recul par rapport à ma vie et j’ai l’impression d’être devenue cette fille au quotidien réglé et routinier – et ça me fait rêver aux autres possibles, surtout quand je côtoie toute la journée des gens investis dans des projets aussi divers que palpitants, qui ont beaucoup moins d’attaches que moi. Et si je suis honnête, je réalise que ce qui fait le sel de ces moments loin de mon foyer, où je me sens à nouveau comme une jeune femme libre de son temps et de ses actes, c’est de savoir qu’il y a EUX. Parfois je me sens vampirisée aussi comme tu dis. Et parfois je me rappelle comment c’était quand j’étais effectivement « libre »… et bien je ne rêvais que de ces attaches et de ce doux foyer où je pourrais faire régner la douceur, l’émerveillement et la bienveillance aux côtés d’un homme qui serait sur la même longueur d’onde que moi.
    Aujourd’hui je crois avoir trouvé l’équilibre, même si certaines tentations me perturbent parfois un peu.
    Je ne sais plus exactement ce qui a opéré ce changement mais j’ai enfin arrêté d’en vouloir secrètement à mon homme quand il sortait prendre du bon temps en me laissant les enfants à charge : à présent, je suis sincèrement heureuse pour lui. Sûrement parce que c’est plus équilibré et que je sors moi-même pas mal (plus que lui même, à présent). Parce que je m’autorise à vivre autre chose, je les apprécie beaucoup mieux EUX. Et je suis plus bienveillante, y compris avec mon conjoint.
    J’aurais de quoi faire un article sur tout ça mais ça va venir…
    Je suis contente de voir que le chemin parcouru t’a permis de trouver ton équilibre aussi.
    (Sinon, perso, je pense qu’on m’a dit « mais tu verras, c’est dur quand ils sont petits mais après ça s’arrange ». Sauf que moi, quand on me dit ça alors que je suis en pleine galère, ça ne me soulage pas, je me sens même niée dans mon épuisement et au final, je n’entends pas le message derrière, qui est vrai mais trop loin pour me rassurer, disant que cela s’améliorera plus vite que je ne le crois).

    • malise dit :

      Malgré les difficultés, tu sembles avoir trouvé ton équilibre, et c’est vraiment génial! Comme quoi c’est important de s’épanouir autrement qu’avec ses enfants, et puis l’un n’empêche pas l’autre! Quant aux avertissements, tu as raison, dans les moments les plus durs on s’en balance un peu! 😉 Bon, il aurait fallu que ce soit mon moi d’aujourd’hui qui vienne me le dire, alors! 🙂

  9. Oh comme je suis d’accord avec toi ! Je ne me vois pas vivre sans lui et sans eux non plus. En ce qui me concerne je suis en congé parental, je l’ai choisi, et je me sens épanouie (grâce au blog également il fait le dire) et je pense souvent à ma vie future. En revanche je ne pense pas souvent à ma vie d’avant parce que finalement j’ai toujours rêvé d’être à cette période de ma vie et même à mes 40 ans où les enfants seront plus grands et que j’aurai retrouvé plus de temps pour moi.

    • malise dit :

      Quelle chance tu as! Moi je crois que je suis toujours dans la nostalgie, même si au final je suis bien consciente que je ne serais pas bien si je n’avais pas tout ça. Compliquée, moi? 😉

  10. Delphine dit :

    Quel beau texte chère Malise! Tout empreint d’émotion, de sagesse et de réalisme.
    C’est vrai que c’est dur, qu’on a parfois (souvent) le sentiment de sacrifier une partie de soi, de sa liberté, de sa vie. Ton article vient à point pour moi pour l’instant. Cette envie d’être seule, je la ressens constamment pour l’instant. Et je sais que mon mari aussi. Comme tu le dis, pour les papas, c’est la même chose que pour les mamans. Eux aussi ont à faire des choix, des renoncements. Mais voilà, c’est comme ça. Cela fait partie du lot 🙂 On a besoin de s’autoriser des petits moments pour soi, avec juste soi-même, entre amis, en amoureux, c’est essentiel. Et cela ne fait pas de nous de moins bons parents. Mais c’est vrai que par moments c’est vraiment pas facile. C’est pas pour rien qu’on parle du syndrôme d’épuisement maternel (on devrait plutôt dire parental…)
    Mais il y a ça aussi:

    http://www.huffingtonpost.fr/jenny-studenroth-gerson/conseils-jeune-maman_b_6544732.html

    As-tu lu ce texte?

    Gros bisous et merci pour tes articles qui me touchent toujours autant!

    Bisous à toi!

    • malise dit :

      Oui, j’avais lu cet article très touchant. Après 2 semaines avec eux j’avais hâte qu’ils retournent à l’école et là tu sais quoi? Je tourne en rond dans eux! 😉 Bref, merci beaucoup à toi de me lire, et surtout de prendre le temps de me laisser d’aussi adorables messages. Bises.

  11. J’ai pris le parti de profiter des loulous, tant qu’ils veulent encore bien de moi dans leurs jeux… J’aurais bien le temps dans quelques années de penser à moi, rien qu’à moi. Je ne veux rien regretter, le temps file et les loulous grandissent tellement vite !

    • malise dit :

      J’essaie, comme toi. Bon il y a quand même des jours où c’est plus dur, où on aimerait bien respirer un autre air… Mais comme tu le dis, ça arrivera plus vite qu’on ne le croit!

  12. Bertille dit :

    Il est très beau ton article et me fait beaucoup penser à ce que j’ai pu ressentir ces derniers mois <3

  13. Maman Fatale dit :

    Merci pour ce témoignage, ce n’est pas toujours facile de dire tout ce que l’on a sur le coeur. Personnellement, aussi des fois je culpabilise de me dire mais comment sera ma vie sans ma Choupinette (tellement plus simple?) et puis mon corps qui a changé ne m’a pas forcément aidé à accepter ce statut de mère pendant un bon bout de temps. Je n’ai toujours pas beaucoup de temps pour moi mais au final est-ce que c’est vraiment ce dont j’ai besoin… Je ne sais pas. Tout ce que je sais c’est que je suis heureuse avec ma Choupinette, qu’elle est quand même assez débrouillarde pour son âge et qu’heureusement que mon Jules est là pour m’aider quand j’ai envie ou besoin de me caler tranquillement à ne rien faire !

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