malise
20 juin 2016
Bonne chance…

Elle s’est retournée et elle m’a dit : « Bonne chance, alors… ». Elle avait 60, ou 65 ans, à peu près comme la plupart de ceux que je croisais depuis que tout avait commencé. Elle était là pour qu’on lui retire toute une chaîne ganglionnaire, étape obligée avant que ce ne soit le tour de son sein… Elle était là, déjà debout, déjà habillée, prête à partir avec la kiné qui allait lui apprendre à faire travailler son bras pour qu’il ne double pas de volume. Jusque-là on m’avait souhaité du courage, de la force. Elle, elle m’a souhaité bonne chance. Bonne chance pour la suite. Bonne chance pour que ça s’arrête là. Bonne chance pour ne pas mourir.

Je venais juste de craquer comme je ne m’étais pas encore autorisée à le faire. En pleine salle de repos, gonflée et endolorie, fraîchement ouverte puis recousue, j’ai laissé sortir mon chagrin et ma peur, tellement fort que je ne parvenais plus à respirer. C’est tellement difficile à expliquer, l’angoisse de ne pas savoir ce qu’il va vous arriver. Je ne pensais qu’à eux trois, que j’aime plus que tout et que je ne voulais pas laisser.

Cela faisait 2 mois que l’épée était tombée. 2 mois que j’étais un peu sonnée et que je vivais dans une espèce de réalité parallèle où tout ça n’était qu’un mauvais rêve. Pour être franche, avec le décès de ma Mère, je m’étais souvent demandé comment je réagirais si j’apprenais un jour que j’avais un cancer.
Et voilà, maintenant je savais.
J’ai pleuré en entendant le mot, simplement parce que le mot en lui-même évoque tellement de peine pour moi. J’ai pleuré, parce qu’il fait partie de ma vie depuis 12 ans, et que je sais à quel point il est dévastateur. J’ai pleuré, parce que je ne voulais pas que mes enfants subissent ça à leur tour.

Je ne suis pas une battante. Je ne suis pas courageuse. Pardon, mes amies qui me l’avez toutes dit. Je ne suis pas tout ça. En réalité, je n’ai fait que subir, avancer et subir. Peut-être un peu parce que je n’avais pas le choix. Et puis, surtout, parce qu’au fond de moi je n’y ai jamais cru. Entre le jour où la dermatologue m’a parlé du mélanome et celui où j’ai rencontré l’oncologue, je suis passée par toutes les fameuses phases du deuil. Vous savez, le déni, la colère, blablabla. J’allais courir, de toutes mes forces, vite, longtemps. J’allais courir et je me moquais de moi parce que ce n’était pas facile de respirer tout en pleurant et en insultant mon putain de cancer. Je voulais me prouver que je n’étais pas malade. Leur prouver à eux qu’ils s’étaient trompés. Est-ce qu’on peut courir comme ça si on est vraiment malade ? Non, vous voyez, ce n’est pas moi, je ne suis pas malade, je cours, je vais bien. Ce n’est pas moi.

Avant, je ne sais pas pourquoi, j’imaginais qu’être malade devait modifier la perception des choses. Que soudain on vivait plus intensément, qu’on aimait plus passionnément, qu’on ne subissait plus le quotidien tellement banal, qu’on était plus tolérant parce que vous comprenez, moi je suis malade alors je veux profiter et ne plus me laisser encombrer par ce qui est accessoire. La réalité est toute autre. Je n’ai pas arrêté de m’énerver régulièrement contre les enfants. J’ai été jalouse du bonheur des autres, de ceux qui pouvaient faire des projets, eux. J’ai arrêté de vivre au lieu de vivre encore plus fort. Je me suis suspendue aux échéances, tout en traînant sur les forums pour estimer mes chances de survie. J’ai révisé pour ne pas penser. Dormi pour oublier. Imaginé la chimiothérapie, la radiothérapie, ou tout ce qu’on ne voulait pas me dire et que j’allais peut-être devoir affronter.

J’ai failli renoncer à l’opération. De façon assez irrationnelle, j’étais persuadée que j’irais encore plus mal après. Je me disais c’est bon, maintenant qu’ils m’ont trouvée ils ne vont plus me laisser repartir. Je me sentais tellement bien physiquement, pourquoi subir tout ça ? Je crois que ce n’est que quand on m’a parlé de 3 ganglions sentinelles, et donc dans mon esprit 3 fois plus de chances que le cancer se soit propagé, que j’ai vraiment réalisé ce que je risquais. Que tout ça n’était pas une petite blagounette mais que l’enjeu était bien plus grand.

Alors j’y suis allée. J’ai laissé le chirurgien creuser mon ventre, mon aisselle, mon aine. Puis j’ai tremblé au cours des 15 jours de soins à la vue de ces cicatrices, de ma peau violette et gonflée, des membres insensibles. A l’idée de la sentence qui allait tomber.

Depuis la semaine dernière, je sais enfin que je vais bien. Je ne me trompais pas, je vais bien. Les ganglions sont sains. Le cancer ne s’est pas répandu, et tout a été fait pour que ce ne soit plus jamais le cas. Je vais être suivie de très près, mais je peux souffler, et profiter. Et puis apprendre à accepter celle que je suis maintenant. Pas si différente. Mais marquée, et reconnaissante.

Et chanceuse, oui, c’est vrai…

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P.S. : Merci mon Amour. Je sais que tu sais…
P.S.2 : Merci infiniment à toutes celles qui ont pris des nouvelles régulièrement, qui m’ont soutenue et encouragée. Vous ne pouvez imaginer à quel point cela m’a aidée.

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Article publié dans « Vis ma vie « 

 

38 réponses à “Bonne chance…”

  1. Carole Selky dit :

    Voilà je pleure…. again…
    Comme je suis contente pour toi si tu savais… pour vous. Pour tout…
    Bizouxx plein

  2. racaou dit :

    Omg oO Quand j’ ai reçu le mail du nouvel article et vu les mots clés, je me disais non c’est pas possible. Je suis super heureuse du happy end de ce post et je vous envoie beaucoup d’ ondes positives pour la suite. Personne ne réagit de la même façon face au cancer. Je pense que la phase  » je profite à fond de la vie et flûte le reste » vient plus tard parce que d’ abord il faut digérer le diagnostic, les examens, la peur du lendemain, certains médecins qui (sans doute pour tenir dans leur métier) se déshumanisent complètement et oublient (ou pire ignorent) ce que vit leur patient, les opérations, les chimio, les effets secondaires, les réactions de son entourage. Bref, il faut aussi un peu de temps pour souffler et digérer tout ça avant d’ arriver au carpe diem parce qu’ avant tout nous ne sommes que des êtres humains. ☺ Vous qui aimez les blogs, commencez au départ « tchao günther ». Il est tenu par une personne à qui on a diagnostiqué un cancer du sein avant ses 30 ans. C’est un.blog bd plein d’ humour et d’ espoir ☺ Bon courage à vous, vraiment contente que ces ganglions soient sains. Amicalement, Christelle

  3. Comme tu décrit bien cette peur sauvage. Je suis contente que tu ailles bien. Profites bien de la vie 🙂

  4. Sophie dit :

    C’est la période la pire que tu viens de traverser. Celle où on ne sait pas, on sait seulement qu’il y a quelque chose, mais on ne sait pas encore l’état des dégats et ce que cela aura pour conséquence.
    Une fois que l’on sait, que ce soit plutôt rassurant comme toi, ou bien alarmant, là, on respire car le combat peut commencer.
    Je sais comme toi que non, nous ne sommes pas courageuses. Nous subissons et nous avançons car nous n’avons pas le choix.
    Prends soin de toi, n’oublie pas les contrôles.
    Bises

  5. Ellen dit :

    Chère Malise,
    je suis de tout coeur avec toi et j’espère que cette horrible maladie sera bien vite loin derrière toi ! Je te souhaite de vivre heureuse avec ton amoureux et tes deux petits. Plein de courage, plein d’amour et plein de vie !

  6. Comme je suis navrée de ne pas avoir su ce que tu étais en train de traverser… Prends bien soi de toi pour te remettre de cette douloureuse épreuve.
    Je te souhaite beaucoup de courage et beaucoup de patience car ces moments d’angoisse laissent forcément de terribles séquelles.
    Amicalement 😉

  7. Ginie dit :

    Wahou… je ne savais pas… mais je suis heureuse que tout cela ne soit plus qu’un mauvais souvenir et que tu ailles bien… et que tu puisses reprendre le cours de ta vie avec tes 3 amours et les autres. Des bisous

  8. Coucou ma belle, je suis contente que tu retrouves le chemin du blog piur exorciser et surtout je souhaite de tout mon coeur que les prochains examens ne fasses que confirmer ce que tu ressens au plus profond de toi. Je t’embrasse bien fort 🙂

  9. Ptisa dit :

    je ne savais pas ce qui t’arrivais, je n’ai pas lu, mal lu ou pas su lire … voilà tu es une warrior, une wineuse etc. etc. La vie marque les gens dans tous les sens du terme. Je viens de lire le Journal d’un vampire en pyjama de Matthias Malzieu : « Me faire sauver la vie est l’aventure la plus extraordinaire que j’aie jamais vécue » <3

  10. sophie bazar dit :

    Je t’embrasse fort !

  11. Kiara dit :

    Je pleure. Je suis tellement heureuse de lire que tu vas bien.
    Moi aussi je connais ça, ma mère a eu un cancer. Elle non plus ne se sentait pas malade. Elle aussi a combattu cette maladie, même si parfois, comme toi, elle s’est demandé si tout ça, l’opération, le traitement, était utile.
    Oui, ça l’était. Ca valait le coup.
    Continue de courir, continue de vivre. Tu es chanceuse d’être vivante, comme nous le sommes tous.

  12. Marion linosqui dit :

    Si heureuse de lire tout ça, et ton ton honnête et juste est vraiment touchant. repose toi et profite bien. <3

  13. Laurie dit :

    <3 !
    Des bisous, bon repos et bon courage pour la suite !

  14. marie kléber dit :

    C’était donc ça ce long silence Malise.
    Le cancer est une saloperie. Je suis tout de fois rassurée de lire que tu as été prise en charge à temps.
    Marquée c’est certain. Mais soulagée aussi j’imagine de savoir que la vie va continuer avec les tiens.
    Les étapes de la vie ne sont pas toujours celles que l’on croit.
    Courage et tendres pensées de Paris.

  15. Un billet qui vient de me mettre les mares aux yeux. Je crois bien avoir lu le plus vite possible ton post sans m’en rendre compte au départ… pour être certaine de ce que j’espérais : que tu ailles mieux. Ouf. Quel soulagement. Je t’envoie toutes mes meilleures pensées ainsi qu’à ta famille. Bien des bises et merci. Merci beaucoup d’avoir donné de tes nouvelles !

  16. chocoladdict dit :

    je n’osais pas te demander des nouvelles car tu n’en parlais pas et j’ai lu ce billet avec l’espoir que c’était un billet qui me dirait que tu allais bien …je comprends que désormais tu ne sois plus tout à fait la même qu’avant …je t’embrasse

  17. Mam'Zelle A dit :

    Ma douce Malise. je me tiens un peu loin de la blogosphère et j’apprend ce qu’il t’arrive, ce que tu as du subir et surtout surtout je suis soulagée que tu ailles bien. Continue de courir, encore et encore ♥ ♥ ♥

  18. Lucky Sophie dit :

    Oh ma belle je ne savais pas, je suis heureuse de ce dénouement et j’imagine comme cela a été dur <3

  19. MERCI pour ce témoignage plein de vérité et de sensibilité.
    J’ai pleuré en te lisant, touchée en plein cœur par cette histoire qui est aussi la mienne.
    La soif d’aventure et la rage de vivre je les connais, je les ressent depuis que je sais que je suis en rémission.
    Pendant les traitements je m’évitais de réfléchir pour ne pas flancher. Après le passage de cet ouragan dans ma vie j’ai ressenti un grand vide et une lassitude de tout.
    Aujourd’hui je mesure chaque jour à quel point la vie est précieuse.
    Et je râle aussi certains jours, on a bien le droit quand même 😉
    Bisous
    Amandine

  20. On n’a pas souvent de tes nouvelles par ici mais, à chaque fois, elles sont toujours très chargées en émotion. Je te souhaite une très belle continuation et surtout, passe nous faire un petit coucou de temps à autre.

  21. Oh ma belle je suis si contente et soulagée pour toi! J’ai énormément pensé à toi ces dernières semaines. Ton article m’a énormément touchée. Je te fais de gros bisous <3

  22. Max val dit :

    Magnifique article qui rappelle à chacun que ,nan, ça n’arrive pas qu’aux autres….
    Vois vous êtes battue. Vous l’avez vaincu
    Bravo
    Je vous souhaite tout le bonheur possible après cette douloureuse étape

    Max Val

  23. Delphine dit :

    Bonjour Malise,

    Quel beau texte touchant qui nous révèle à quel point la vie est fragile et précieuse. Je ne peux qu’imaginer l’impuissance que tu as dû ressentir face à cette annonce et la peur de perdre tes 3 trésors. L’angoisse également de penser que eux te perdent. Qu’ils continuent sans leur douce maman et leur douce amoureuse.

    Heureuse que tout se finisse bien.

    Bisous!

    Delphine

  24. Yeude dit :

    Oh mon Dieu Malise, je ne savais pas… Je suis contente que tu ailles bien maintenant.

    Bises

  25. pauline k dit :

    Prends bien soin de toi… Je me suis souvent demandée la raison de ton silence. Maintenant je comprends… Heureuse de lire que tout va bien pour toi ♥

  26. Prends soin de toi, prends le temps de digérer tout ça. Je te souhaite le meilleur pour la suite.

  27. Sysyinthecity dit :

    Moi je te trouve très courageuse même si tu penses le contraire , je t’embrasse bien fort

  28. working mum dit :

    Très longtemps que je ne lis pas les blogs dont le tien, pas le temps… mais que je suis heureuse de savoir que tu vas bien !!! Prends bien soin de toi 🙂

  29. Mél Blanc dit :

    ça fait plaisir de lire cette bonne nouvelle !
    Prends soin de toi !

  30. Manu (Esteolia) dit :

    Quelle terreur…
    Je suis heureuse que tu ailles bien.
    Prends soin de toi.

  31. MyChuchotis dit :

    Que d’émotions en te lisant, je suis tellement heureuse de cette fin, tes mots sont doux et justes… <3 je ne sais pas quoi dire de plus si ce n'est heureuse que tu respires maintenant… et continue d'écrire, tes mots sont vraiment beaux.

  32. Aloès dit :

    Décidément je suis une piètre copine pour être passée à côté de ce billet … Mais quel plaisir de te lire, et de trouver autant d’authenticité et d’émotion, merci pour ça !
    Prendre le temps de s’apprivoiser pour mieux s’accepter 😉
    Douces pensées pour toi et les tiens, So happy for you ♥

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